DES MILLIERS DE SUSPECTS DE GENOCIDE LIBERES DES CAMPS DE SOLIDARITE

Bicumbi, le 6 mai 2003 (FH) - Des milliers de suspects de génocide sont rentrés chez eux, lundi, au Rwanda, après avoir été libérés des camps de solidarité où ils ont été "rééduqués".

Plus de 22 000 hommes et femmes, principalement suspects de génocide, mais aussi coupables de génocide et suspects d'infiltration, de vol et d'autres crimes se trouvaient dans 18 camps de solidarité depuis leur libération de prison en février dernier.

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Un décret présidentiel avait alors autorisé la libération des suspects et coupables de génocide susceptibles de passer plus de temps en prison que ne le prévoit la durée maximale des peines applicables par les gacacas. Les suspects relâchés passeront néanmoins en jugement devant ces tribunaux semi-traditionnels.

Les détenus âgés, les malades en phase terminale ainsi que les mineurs avaient également été libérés. Les personnes âgées et les malades ont été exemptés des camps de solidarité.

Les prisons rwandaises surpeuplées comptent encore quelque 80 000 suspects de génocide. Certains sont détenus sans procès depuis plus de huit ans. Les tribunaux gacaca ont été mis sur pied pour juger le plus vite possible ce grand nombre de détenus.

“Je suis très heureux de retrouver une vie normale”, a déclaré à Hirondelle Evariste Mugabo, un Hutu de 38 ans, depuis un bar proche de sa maison, où il fêtait sa libération avec des amis. “J'espère maintenant que mes voisins accepteront mon retour”, a-t-il ajouté. Mugabo a avoué avoir tué un dénommé Ngarambe au cours du génocide de 1994, crime pour lequel il a été détenu pendant plus de huit ans.

Réagissant à sa libération, Patricia Nyirasafari, une rescapée tutsie de 27 ans, voisine de Mugabo, a expliqué à Hirondelle qu'elle n'avait pas d'autre alternative que d'accepter son retour. “Ils ont choisi de les relâcher. Que pouvons-nous faire d'autre?”, a-t-elle expliqué.

Le gouvernement a promis de protéger à la fois les suspects relâchés et les survivants du génocide contre de possibles représailles.

Lundi, tous ceux qui habitaient à proximité des camps de solidarité étaient alignés le long des routes pour apercevoir les relâchés. Une grande partie de ces derniers regagnaient leur domicile à pied. Il faudra à certains plus d'une journée avant d'atteindre leur maison.

“On leur a principalement enseigné comment être de bons citoyens et comment se réhabiliter en société," a expliqué Hannington Tayebwa, en charge des relations publiques au ministère de la Justice.

En vertu du système semi-traditionnel de justice plus connu sous le nom de gacaca, les coupables de crimes liés au génocide de 1994 purgeront la moitié de leur peine à effectuer des travaux d'intérêt public.

CE/GG/GF/FH(RW-0506e)