OUVERTURE DU PROCES DU GROUPE DE L'INSTITUT AGRONOMIQUE DE RUBONA

Nyanza, 22 Février 2001 (FH) – Le procès d'un groupe de huit personnes accusées de génocide et de crimes contre l'humanité s'est ouvert jeudi devant la Chambre spécialisée du Tribunal de première instance de Butare, en itinérance à Nyanza/Nyabisindu, dans les anciens locaux de la Cour d'Appel, à une centaine de kilomètres au sud de Kigali.

Les charges qui pèsent contre les huit hommes, détenus à la prison de Nyanza, concernent les crimes commis à l'Institut des Sciences Agronomiques du Rwanda (ISAR) à Rubona, à mi-chemin entre Nyanza et la ville de Butare, en 1994.

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Les accusés, dont un ingénieur agronome et un ingénieur laborantin, travaillaient à l'ISAR au moment des faits ou étaient voisins de ce centre de recherche en agriculture et élevage.

L'ISAR dispose d'un vaste domaine, où vivent une centaine de familles des chercheurs, cadres et autres employés. Sur ce même terrain sont installés les bureaux de la direction générale de l'ISAR pour tout le pays, l'administration de la direction régionale de l'ISAR (coiffant les stations de Rubona même, de Songa, près de Nyanza, et de Butare), ainsi que l'administration de la station de Rubona. Outre ses habitants, le domaine a accueilli au moment du génocide des centaines de réfugiés tutsis qui cherchaient une cachette dans sa végétation dense et sa grande forêt.

A l'ouverture de l'audience jeudi, les accusés, appuyés par leur conseil, ont demandé à bénéficier d'une liberté provisoire, affirmant qu'ils sont détenus illégalement. "Nous ne sommes passés devant aucun juge pour confirmer notre détention préventive", ont-ils indiqué. Les juges, après une pause pour décider la réponse à leur donner, ont rejeté la requête : "Vous êtes passés devant la Chambre du conseil le 21 novembre 1999. Sa décision sera versée prochainement dans le dossier", ont-ils indiqué.

C'est en Chambre du conseil qu'un juge de la Chambre spécialisée, assisté d'un greffier, entend le parquet et l'accusé pour décider de prolonger la détention préventive, ou au contraire d'accorder la liberté provisoire.

La journée de jeudi a ensuite été consacrée à la lecture de l'acte d'accusation et à la défense de Joseph Mulindangabo, ingénieur agronome, qui était le chef de la station ISAR de Rubona. Le parquet allègue contre lui le crime de génocide, les crimes contre l'humanité, la violation des conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, la constitution de groupes de tueurs, et la violation de domiciles privés. Tout comme ses sept coaccusés, l'ancien responsable plaide non coupable.

Le parquet fonde ses accusations sur une douzaine de témoignages selon lesquels Joseph Mulindangabo était le planificateur et le superviseur des massacres et de la chasse à l'homme à Rubona. Il est, en particulier, accusé de la mort de Georges Ndamage (qui était chercheur) et d'autres collègues de travail comme Alphonse Gatali, Joseph Seromba, et Révérien Nsabimana.

Le substitut du procureur a par ailleurs exhibé des comptes rendus de réunions qui, selon lui, ont été organisées par Joseph Mulindangabo pour établir les listes des personnes à abattre, ainsi que la mise en place et la garde de barrières sur lesquelles les Tutsis étaient tués.

Dans sa défense, l'accusé a nié complément et il a toutes les charges sur le dos d'un certain Didace Mugemana, qui était chef du personnel, et qui assurait l'intérim du directeur général de l'ISAR, constamment absent. Didace Mugemana serait toujours en fuite. "C'est lui qui organisait les tueurs et qui les rétribuait après", a prétendu l'accusé.

Concernant la non-assistance aux victimes, Joseph Mulindangabo estime qu'il ne devrait pas être poursuivi pour cette accusation. Dans ses explications, il a déclaré aux juges que "le 26 avril 1994, une foule de gens a lancé la première attaque sur l'ISAR. Après cette attaque, le directeur régional et le bourgmestre de la commune Ruhashya dans laquelle se situe l'ISAR sont allés demander des secours chez le préfet de Butare et le commandant de la gendarmerie de la région. Un groupe de gendarmes a été envoyé pour la protection de l'ISAR. Quand ils sont arrivés, les tueurs avaient déjà fait leurs premières victimes et détruit une trentaine de maisons. A leur tour, au lieu d'assurer la sécurité des gens, les gendarmes se sont transformés en bourreaux. Quel pouvoir supérieur aurais-je eu pour pouvoir protéger les gens? Deuxièmement, si j'avais vraiment été tueur, comment aurais-je protégé les gens que j'aurais été censé massacrer?"

Quant à l'accusation de violation de domiciles privés, Joseph Mulindangabo a affirmé devant les juges qu'il n'avait jamais pénétré dans aucune maison pour y mener des fouilles.

L'audience a été suspendu à 17h45, soit trois quarts d'heure après l'heure officielle de la fin de la journée de travail, pour reprendre vendredi.

Les accusés sont assistés par trois avocats, commis d'office par le Barreau rwandais et le Corps des défenseurs judiciaires. Aucune partie civile ne s'est encore présentée à ce stade du procès.

WK/PHD/FH (RW&0222A)