Mali: l’armée accusée de nouvelles exactions, HRW réclame des enquêtes

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L’armée malienne a tué ou fait disparaitre au moins une cinquantaine de personnes lors de récentes opérations militaires dans le centre du pays, a accusé mardi dans un rapport l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui réclame que les enquêtes annoncées par les autorités soient menées à terme.

« Les autorités maliennes devraient reprendre le contrôle des unités qui commettent des abus et faire bien plus pour garantir la discipline dans le cadre des opérations, exiger des comptes des auteurs d’abus et prévenir de nouvelles atrocités », a déclaré Corinne Dufka, directrice de HRW pour le Sahel, citée dans un communiqué.

L’ONG documente notamment comment des soldats maliens ont interpellé le 23 mars des dizaines de passagers d’un bus de transport à Boni (centre) après avoir découvert un bagage suspect. « Ils leur ont bandé les yeux, les ont sévèrement battus, (et) au moins 13 passagers auraient fait l’objet de +disparitions+ », affirme l’ONG.

« Dix témoins » ont par ailleurs décrit une « opération militaire le 22 octobre 2020 » près de la frontière avec le Burkina Faso, au cours de laquelle « les forces de sécurité auraient tué 25 villageois, dont des femmes, des enfants et des personnes âgées ».

Ce n’est pas la première fois que l’armée malienne est accusée d’exactions, mais ces cas ont « tous (été) perpétrés depuis sa prise de pouvoir lors d’un coup d’Etat mené le 18 août 2020 », souligne HRW.

Fin 2020, une Commission d’enquête mandatée par l’ONU l’avait accusée de « crimes de guerre » après des exemples jugés systémiques d’exactions envers des civils ou des combattants désarmés.

Dans son rapport, HRW explique mardi avoir notifié les autorités maliennes des allégations d’abus.

« Des enquêtes ont été ouvertes et les investigations sont en cours », leur a répondu Bamako, selon la même source.

Au Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger), la faiblesse des institutions notamment judiciaires et la main-mise quasi-inexistante de l’Etat sur des immenses territoires ruraux où prospèrent des groupes armés a permis une large impunité pour les crimes commis.

Les armées nationales, mais également les groupes jihadistes – certains affiliés à Al-Qaïda, d’autres à l’Etat islamique -, des milices armées ou encore l’armée française y ont été accusées d’exactions à des degrés divers.

Les premières victimes en sont les civils, a rappelé début avril une coalition d’ONG sahéliennes, en s’inquiétant que le nombre de civils tués « n’a jamais été aussi élevé qu’en 2020 » dans la région en conflit depuis 2012.