REFUS DE MISE EN LIBERTE PROVISOIRE POUR MGR AUGUSTIN MISAGO

Kigali, 25 août 99 (FH) - La Chambre spécialisée du Tribunal de première instance de Kigali a décidé mercredi de maintenir en détention l'évêque du diocèse catholique de Gikongoro, au sud-ouest du Rwanda, Mgr Augustin Misago, la plus haute personnalité religieuse rwandaise jugée pour génocide et crimes contre l'humanité.

Les juges ont admis une partie de l'argumentation des défenseurs de l'évêque en faveur de sa mise en liberté provisoire pour détention illégale.

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Selon la défense, la détention préventive de deux mois avait expiré le 20 juin. Le 19 juin plus précisément, a pour sa part déclaré reconnu le Tribunal. Celui-ci a reconnu qu'une demande de prolongation de la détention préventive n'avait jamais été présentée à un juge pour confirmation et que Mgr Misago est illégalement détenu depuis le 19 juin dernier, aux termes de la loi..

Les juges ont toutefois ajouté qu'au terme de la même loi, les personnes inculpées pour des charges aussi lourdes que celles qui pèsent contre le prélat "peuvent être détenues préventivement pendant six mois". Ils ont par ailleurs estimé que, libéré, le religieux "pourrait fuir le pays et que cette libération peut provoquer des troubles dans le pays". Ils ont donc décidé pour ces motifs que Mgr Misago devait rester en prison.

Une partie du public qui était dans la salle a applaudi bruyamment cette décision. De son côté, le primat de l'Eglise Catholique du Rwanda, Mgr Thaddée Ntihinyurwa (archevêque de Kigali), abordé par la presse à la sortie, n'a pas caché "sa déception".

"On a entendu que d'après la loi, la libération provisoire demandée était fondée. Mais on a dit que d'après la même loi, cette libération n'est pas possible. Est-ce qu'on peut retoucher la loi sur le génocide tous les jours ou est-elle fixe ? C'est une déception, ou bien nous attendons une autre formulation de la loi" a déclaré Mgr Ntihinyurwa, qui est également le président en exercice de la conférence des évêques catholiques du Rwanda. Son vice-président, Mgr Rubwejanga, évêque de Kibungo (au sud-est du Rwanda), ainsi que le nonce apostolique au Rwanda, étaient également présents dans la salle d'audience.

L'évêque de Gikongoro, arrêté le 14 avril dernier, est accusé de génocide et de crimes contre l'humanité, et de non-assistance à personnes en danger de mort "alors qu'il en avait les pouvoirs et les moyens" selon l'accusation. Plus particulièrement, le parquet l'accuse de la mort d'une trentaine d'enfants qui ont été massacrés dans les paroisses de Kibeho et de Kaduha, ainsi que celle des prêtres Joseph Niyomugabo, qui était curé de la paroisse de Cyanika, Irénée Nyamwasa, Canisius Murinzi et Aloys Musoni qui habitaient tous les trois dans les locaux de l'évêché à Gikongoro.

La Cour a enfin accepté de reporter le procès afin de donner le temps à la défense de se préparer, comme elle l'avait demandé. Commencé vendredi dernier, ce procès se poursuivra le 14 septembre prochain.

WK/PHD/FH (RW&0825A)