IBUKA REITERE SON REFUS DE COOPERER AVEC LE TPIR

Arusha, 3 mars 2002 (FH) - Ibuka, la principale association des rescapés du génocide anti-tutsi a réitéré ce week-end son refus de coopérer avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), a appris l'agence Hirondelle.

Cette mesure intervient à la veille de la reprise du procès du groupe Butare (sud du Rwanda) dans lequel Ibuka et l'association des veuves du génocide, AVEGA, avaient allégué "le harcèlement" d'une femme victime de viol qui avait témoigné à charge fin octobre-début novembre 2001.

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"Après avoir longtemps toléré le mauvais comportement de certains des agents du Tribunal pénal international pour le Rwanda basé à Arusha et après avoir constaté que ce comportement perdurait, l'Association a décidé de suspendre momentanément sa collaboration avec ledit Tribunal. Cette décision restera en vigueur aussi longtemps que le Tribunal ne rectifiera pas les graves errements que nous avons dénoncés, notamment le fait d'employer à divers échelons des individus soupçonnés d'avoir trempé dans le génocide ainsi que le fait de se moquer des témoins et de ne pas s'occuper de leur protection", écrit Ibuka, dans un communiqué de presse.

"Pour mettre en exécution cette décision de ne plus collaborer avec ceux-là qui se moquent de nous publiquement, la direction de Ibuka demande, une fois de plus, à tous ses membres de ne plus faire de déclarations à quinconque les solliciterait au nom de ce Tribunal. Il leur est en outre demandé de ne plus être à la disposition du Tribunal tant au Rwanda qu'à son siège à Arusha, en Tanzanie", poursuit le communiqué.

La radio nationale rwandaise a rapporté ce week-end que l'association Ibuka a boycotté une réunion sur les besoins des rescapés, organisée à Kigali vendredi par le greffier du TPIR, le Sénégalais Adama Dieng.

Le secrétaire général d'Ibuka, François-Xavier Ngarambe, a déclaré à Radio Rwanda que l'association exigeait entre autres que des juges et des avocats impliqués dans le procès Butare soient sanctionnés, et que tous les agents du service de protection des témoins soient remplacés "à commencer par leurs responsables".
Ibuka réclame en outre qu'il soit mis fin aux contrats des enquêteurs de la défense et des interprètes suspectés de génocide par l'association, et que les procès dans lesquels ils auraient eu à jouer un quelconque rôle soient révisés.

Ibuka exige par ailleurs que les victimes du génocide soient représentées en tant que partie civile dans les procès qui se déroulent au TPIR, et que le siège de cette juridiction soit transféré à Kigali.

Ibuka et AVEGA avaient pour la première fois annoncé qu'ils coupaient les ponts avec le TPIR au mois de janvier dernier, estimant qu'ils ne pouvaient plus collaborer "avec tous ceux qui nous demandent de continuer à relater l’innommable qui nous est survenu devant ceux qui nous tournent en ridicule et banalisent notre souffrance."

La plupart des témoins à charge viennent du Rwanda et sont le plus souvent membres des associations des rescapés du génocide.

AT/GF/FH (RW-0303A )