LE RWANDA PREOCCUPE PAR DES ALLEGATIONS DE HARCELEMENT DES TEMOINS

Arusha, 5 décembre 2001 (FH) - Le représentant du Rwanda auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), Martin Ngoga, a déclaré que son gouvernement partageait les préoccupations de certaines assocations rwandaises concernant des allégations de harcèlement d'une femme victime de viol qui a récemment témoigné devant la juridiction internationale.

L'association des survivants du génocide "Ibuka", et l'Association des veuves du génocide AVEGA ont exigé la semaine dernière des sanctions à l'encontre de trois juges qui auraient ri au cours de la déposition de cette femme.

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Mardi, le collectif des femmes rwandaises Profemmes Twese Hamwe a abondé dans le même sens.

Au cours d'une conférence de presse tenue lundi à Arusha, Martin Ngoga a indiqué qu'il n'était pas à l'audience lorsque ce témoin déposait et qu'il ne pouvait pas par conséquent conclure à un harcèlement. Il a ajouté qu'il allait examiner les enregistrements ad hoc pour comprendre ce qui s'est passé exactement.

Le TPIR conserve les enregistrements sonores et vidéos des audiences. Martin Ngoga a expliqué que le gouvernement rwandais a réagi quelques semaines après les faits, étant donné que ces allégations lui sont parvenues tardivement.

Tomber en disgrâce

Le témoin protégé "TA" a déposé fin octobre et début novembre pendant plus deux semaines dans le procès de six personnes accusées de génocide à Butare (sud du Rwanda). Elle a déclaré avoir été violée par un des accusés, Arsène Shalom Ntahobali, un ancien étudiant présumé chef milicien. TA a été contre-interrogée par cinq avocats.

C'est au cours du contre-interrogatoire mené par l'avocat kenyan de Ntahobali, Me Duncan Mwanyumba que les juges ont ri.

L'incident a été pour la première fois rapporté par le journal électronique "Diplomatie judiciaire".

Le procès se déroule devant la deuxième chambre de première instance du TPIR présidée par le juge tanzanien William Sekule et composée en outre des juges, lesothan Winston Churchill Matanzima Maqutu et malgache Arlette Ramaroson.

Diplomatie judicaire a écrit que : "La scène se déroule alors que Me Mwanyumba s’est engagé dans une série de questions au sujet du premier viol allégué de TA par Shalom Ntahobali, où celui-ci l’aurait entraînée derrière les bâtiments de la préfecture. L’avocat interroge le témoin sur la façon dont elle a été déshabillée avant le viol. "

Le journal indique que "si les archives du TPIR sont un jour revisitées, l’audition du témoin TA marquera sa disgrâce."
Les observateurs qui ont suivi cette déposition ont estimé que, même s'il est inapproprié pour les juges de rire, ils se moquaient de la façon dont l'avocat posait ses questions et non du témoin.

A la suite de ses préoccupations rwandaises, la présidente du TPIR, la juge sud-africaine Navanethem Pillay a promis d'examiner cette question.

Dans une déclaration envoyée aux participants à une conférence sur le génocide tenue dernièrement à Kigali, la juge Pillay a indiqué qu'elle a demandé des informations détaillées sur l'incident et qu'elle se penchera sur ce problème dans ses contours.

"Je vous assure que tous les juges du TPIR prennent très au sérieux les crimes de viols et des violences sexuels. Nous sommes sensibles au traumatisme des victimes des viols et la nécessité des mesures particulières de protection des témoins qui déposent à propos des violences sexuelles.", souligne la présidente du TPIR.

Navanethem Pillay rappelle a marqué l'histoire en rendant le premier jugement dans lequel les viols étaient reconnus comme crimes contre l'humanité et partie constitutive du génocide.

"S'il vous plaît, soyez assurés que le TPIR sera vigilant en s'assurant que tous ceux qui comparaissent devant lui comme témoins seront traités avec le respect et la considération qu'ils méritent", conclut Navanethem Pillay.
JC/AT/DO/FH (RW1205A)