INAUGURATION A KIGALI D'UN CENTRE D'INFORMATION ET DE DOCUMENTATION DU TPIR

Kigali, 25 septembre 2000 (FH) - Le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) ne peut pas remplacer le système judiciaire rwandais ou prendre en charge ses responsabilités, a déclaré lundi à Kigali le greffier du TPIR, le Nigérian Agwu Ukiwe Okali, à l'occasion de l'inauguration d'un centre d'information et de documentation (CID) du Tribunal dans la capitale rwandaise.

Néanmoins, grâce à sa dimension internationale, le TPIR peut être un instrument complémentaire puissant dans la quête de la justice, au lendemain du génocide rwandais, a souligné Agwu Okali, dont la fonction de greffier du TPIR correspond au rang de sous-secrétaire général des Nations-Unies.

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La cérémonie a été célébrée en présence du premier ministre rwandais, Bernard Makuza, du président de la Cour suprême de justice du Rwanda, Siméon Rwagasore, et de nombreux autres dignitaires rwandais et diplomates en poste à Kigali.

Le nouveau Centre du TPIR à Kigali, baptisé "Umusanzu mu bwiyunge" en kinyarwanda, ce qui signifie "Contribution à la réconciliation", vient compléter les bibliothèques du Tribunal d'Arusha et de Kigali, cette dernière, aménagée au quartier général du TPIR, étant pratiquement réservée uniquement au staff du Tribunal.

Le CID, installé dans l'immeuble gouvernemental où travaillait la direction de la Police Judiciaire (dans le quartier résidentiel de Kiyovu), est la première composante de la structure d'information offerte au grand public rwandais. Selon Agwu Okali, le TPIR entend, par ce Centre, apporter sa modeste contribution au processus de réconciliation en informant le public rwandais du travail qu'il accomplit.

Le CID s'insère par ailleurs dans un programme déjà existant de sensibilisation pour le Rwanda mené par le TPIR. C'est dans le cadre de ce programme que des journalistes rwandais sont emmenés régulièrement à Arusha, afin de leur permettre de suivre les procès et de diffuser leur déroulement au Rwanda. C'est dans ce cadre aussi que des représentants de la société civile rwandaise et dernièrement une vingtaine de juges et magistrats rwandais ont été invités au siège du TPIR au nord la Tanzanie.

"Le TPIR ne saurait apporter une contribution significative à la paix au Rwanda si le peuple rwandais n'est pas effectivement averti de son travail et de ses réalisations. Il est essentiel que le travail du TPIR ait, à l'intérieur du Rwanda, l'impact recherché par le Conseil de Sécurité de l'ONU lorsqu'il a créé le Tribunal en novembre 1994", a ajouté le greffier du TPIR.

Le CID abrite trois services qui permettront aux universitaires, au corps judiciaire et à toutes les couches de la société rwandaise de faire des recherches.

Il s'agit premièrement d'un service de presse et des affaires publiques, qui présentera la documentation sur le travail du TPIR, telle que les jugements et les décisions rendus par le Tribunal, en anglais, en français et en kinyarwanda. Ce service offrira également au public de nombreux autres documents d'information, tels que des cassettes vidéos sur les procès, et des ordinateurs avec accès sur internet.

Dans les jours qui viennent, le public pourra assister aux procès en direct d'Arusha, sous forme de duplex sur un écran de télévision. Le CID organisera des expositions mobiles sur le travail du TPIR, ainsi que des séminaires et des tables rondes sur les ondes de Radio Rwanda et à la télévision (la radio et la télévision d'Etat, seules stations du genre dans le pays).

Le deuxième service du CID est une bibliothèque contenant des centaines de volumes sur des sujets divers tels que le droit pénal international, le génocide rwandais et les questions connexes, ainsi qu'un cyberespace avec cinq terminaux internet permettant d'effectuer des recherches sur le travail du TPIR et les questions juridiques.

Le CID comporte un troisième volet qui est un programme d'aide aux victimes. Ce programme jouera le rôle de point focal dans l'assistance à apporter aux victimes, telle que les conseils psychologiques aux victimes appelées à témoigner ou aux témoins potentiels, et les services de référence aux ONG auxquelles le TPIR apporte son soutien en matière d'aide à de telles victimes.

Le programme d'assistance aux victimes sera lancé officiellement mardi dans la commune de Taba, dans la préfecture de Gitarama, à une trentaine de kilomètres au sud de Kigali. Taba est la commune dont le premier condamné du TPIR, Jean-Paul Akayesu, était le maire.

Pour le premier ministre rwandais, "le principal objectif du CID est de permettre au peuple rwandais de suivre de près et de façon permanente les réalisations du TPIR. Une action très utile dans ce sens qu'elle permet aux Rwandais de pouvoir apprécier le travail de la communauté internationale visant à punir tous ceux qui ont trempé dans le génocide et les massacres survenus au Rwanda". C'est la raison pour laquelle "le gouvernement rwandais n'a pas hésité à soutenir fermement ce projet, allant même jusqu'à déplacer les services de l'Etat qui logeaient" dans l'immeuble attribué au CID du TPIR.

Bernard Makuza a indiqué que l'ouverture de ce centre était un pas additionnel dans le cadre de la coopération entre le gouvernement rwandais et le TPIR. "Cette coopération a connu quelques difficultés dans le passé. Aujourd'hui, elle est au beau fixe", a déclaré le chef du gouvernement rwandais. Celui-ci a demandé que cet élan soit poursuivi et, dans ce cadre, a réitéré trois souhaits chers au gouvernement rwandais.

En premier lieu, l'accélération des poursuites contre tous ceux qui cherchent à échapper à la justice et qui ont trouvé refuge à l'étranger, "surtout que, d'une façon générale, ce sont eux qui ont été les principaux planificateurs et acteurs dans l'extermination des personnes innocentes dans notre pays", a souligné le premier ministre.

Ensuite, voir certains procès du TPIR se dérouler à Kigali, une action par laquelle, d'après Bernard.Makuza, les Rwandais seront eux-mêmes témoins oculaires des poursuites engagées et des condamnations prononcées à l'encontre des coupables du génocide et des massacres. Cela permettrait en outre d'éradiquer à jamais la culture de l'impunité, a-t-il ajouté. A ce sujet, le premier ministre Makuza a indiqué que le gouvernement rwandais était prêt à rendre disponibles les locaux nécessaires pour ces procès et à en garantir la sécurité.

Le gouvernement rwandais espère enfin que les peines prononcées par le TPIR, pour lequel la peine maximale est la prison à vie, pourront être purgées aussi au Rwanda, "surtout que l'acte constitutif de ce Tribunal le prévoit également", a conclu le premier ministre rwandais.

Le Centre d'Information et de Documentation du TPIR à Kigali sera ouvert tous les jours de 9h30 à 18h30 (heure locale), sauf les dimanches.

WK/PHD/FH (RW&0925A)