UN JUGE FRANÇAIS INTERROGE DES ACCUSES SUR L'ATTENTAT CONTRE L'AVION PRESIDENTIEL

Arusha, 16 mai 2000 (FH) - Le juge anti-terroriste français Jean-Louis Brugière a commencé mardi à rencontrer certains accusés détenus par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), dans le cadre de ses enquêtes sur l'attentat contre l'avion présidentiel qui a coûté la vie à l'ex-président rwandais Juvénal Habyarimana en 1994.

Le juge Brugière enquête sur le crash de l'avion pour le compte des familles des quatre membres français de l'équipage, qui ont également péri dans l'avion de Habyarimana, abattu par des missiles au-dessus de Kigali le 6 avril 1994 .

2 min 52Temps de lecture approximatif

Parmi les autres victimes figurait aussi le président burundais Cyprien Ntaryamira. La mort de Habyarimana a déclenché le génocide rwandais au cours duquel environ huit cent mille Tutsi et Hutu modérés étaient massacrés.

Le juge français a demandé à rencontrer sept détenus du centre de détention des Nations Unies à Arusha, estimant qu'ils pouvaient disposer d'informations qui pourraient l'aider dans son travail. Parmi ces détenus figure Hassan Ngeze, ancien rédacteur en chef du journal extrémiste hutu Kangura, qui a déclaré détenir des informations importantes sur l'attentat contre l'avion. Ngeze affirme que l'opération avait été montée par le chef militaire de la rébellion FPR d'alors, le major-général Paul Kagame, actuel président du Rwanda, précisant en outre que le plan lui était connu depuis septembre 1993.

Les avocats des détenus concernés ont demandé le week-end dernier qu'aucun représentant du parquet du TPIR ne soit présent lors de l'interrogatoire de leurs clients, et que "rien de leurs déclarations ne puisse être utilisé de quelque manière que ce soit par le procureur" à n'importe quelle phase de la procédure de leurs affaires au TPIR.

L'avocat américain de l'ancien homme politique Jean Bosco Barayagwiza a indiqué que le parquet avait refusé lundi ces deux conditions, ajoutant que cela était "scandaleux". Dans un communiqué de presse, l'avocat américain déclare que "le Procureur est en train d'essayer de garder Barayagwiza en otage, afin de l'empêcher d'aider le gouvernement français à enquêter sur la possibilité que Kagame ait descendu l'avion".

Le même avocat a déclaré plus tard à l'agence Hirondelle que son client était prêt à témoigner malgré tout. "Nous estimons qu'il est plus important de témoigner que de laisser le procureur empêcher les sept témoins à dire la vérité sur ce qui s'est passé", a précisé Me Danielson.

John Floyd, l'avocat américain de Hassan Ngeze, a également accusé le procureur de vouloir étouffer la vérité en imposant de nouvelles conditions. Selon lui, les avocats continueront à défendre les droits de leurs clients contre toute auto-accusation, dans une rencontre prévue mardi avec le procureur du TPIR, la Suissesse Carla Del Ponte, mais il a ajouté que son client était prêt à parler.

"Nous nous inclinons et acceptons qu'il témoigne, parce que nous voulons la vérité," a-t-il indiqué. "Il y a eu beaucoup de boucs émissaires, et Ngeze est fatigué d'en être un," a ajouté l'avocat américain.

L'hypothèse la plus courante était jusqu'ici que Habyarimana avait été tué par des extrémistes hutus de son entourage, qui étaient opposés au partage du pouvoir avec le mouvement rebelle du Front patriotique rwandais (FPR). En mars dernier, un mémorandum des Nations Unies daté de 1997a été cité dans un journal canadien, qui contient des informations selon lesquelles Paul Kagame et le FPR auraient été derrière l'attentat.

Le mémorandum, enfoui dans les archives des Nations Unies à New York, a finalement été ressorti, puis transmis au TPIR. Il a été par la suite mis sous scellé par le Président de la juridiction internationale. Des avocats de la défense demandent à ce que ce mémorandum soit mis à leur disposition. L'ONU a indiqué que ce document avait été rédigé par un ancien investigateur du TPIR, Michael Hourigan, "à son propre initiative", mais n'a pas précisé pourquoi son contenu n'avait jamais été révélé.

A part Ngeze et Barayagwiza, le juge Brugière a également demandé de rencontrer l'ancien commandant du bataillon paracommando, le major Aloys Ntabakuze, l'ancien chef de l'état-major de la gendarmerie, le général Augustin Ndindiliyimana, l'ancien directeur de cabinet au ministère de la défense, le colonel Théoneste Bagosora, l'ancien ministre de la santé Casimir Bizimungu, et Mathieu Ngirumpatse, ex-président du parti présidentiel MRND.

BN/JC/PHD/FH (RW%0516A)