03.10.07 - RWANDA/CANADA - AU PROCES MUNYANEZA LE GENERAL DALLAIRE RACONTE SON IMPUISSANCE

Montréal, 3 octobre 2007 (FH) — « À ce moment là, il n'y a plus d'accord de paix: des deux côtés, j'ai des groupes qui préparent des actions armées… Je n'ai plus de mandat », a raconté mardi l'ancien commandant des troupes de l'ONU au Rwanda lors du procès de Désiré Munyaneza.
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Invité par l'accusation à témoigner en tant que témoin de contexte, Roméo Dallaire s'est livré à un minutieux récit de son expérience du Rwanda, de sa mutation des forces canadiennes pour l'ONU en juillet 1993 à son impuissance face au génocide entre avril et juillet 1994. Il temoigne jusqu'à jeudi.

Le général trois étoiles a notamment raconté ses difficultés à faire appliquer le volet politique des accords d'Arusha, dont la mise en place d'un gouvernement transitoire constituait le point majeur. Dès le 22 octobre 1993 et son arrivée à Kigali en tant que commandant de la MINUAR, il a constaté une « tension politique sur les noms des différentes parties qui devaient composer le gouvernement de transition ».
Les accords de paix signés en Tanzanie en septembre 1993 prévoyaient un partage du pouvoir entre le parti présidentiel MRND et la rebellion du FPR menée par Paul Kagamé, au plus tard le 1er janvier 1994. M. Dallaire raconte l'optimisme qui était le sien au début du mois de janvier 1994: « On pensait que c'était possible », « le 4 janvier l'accord semble être accepté par tout le monde ».

Pourtant, le lendemain le revirement de certaines parties rend caduc toutes les négociations précédentes: seul le président Habyarimana est assermenté. « La situation politique est vraiment devenue houleuse », poursuit-il devant la Cour supérieur du Québec.

Dans une « tension qui continuait d'augmenter à Kigali », la MINUAR assiste à la formation des milices Interahamwe, « des jeunes du parti MRND qui font beaucoup de brouhaha, qui s'habillent très distinctement et qui sont toujours plus agressifs », raconte le militaire âgé de 61 ans devant une audience nourrie (une seconde salle de retransmission a dû être aménagée).

Face à ces dangers de dérapage et informé de la présence de caches d'armes dans la capitale rwandaise, M. Dallaire dit avoir cherché à agir selon les moyens et les attributions de son mandat.

Il a poursuivi son récit aux allures de cours de géopolitique (la défense l'invite à étayer ses propos par les cartes du Rwanda et de Kigali posées derrière lui) en racontant les heures, puis les jours, qui ont suivi l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, le 6 avril 1994.

Le 8 avril, alors que le bataillon du FPR vient de quitter sa caserne de Kigali et que les troupes gouvernementales se déploient, le général concède qu'« à ce moment là, il n'y a plus d'accord de paix: des deux côtés, j'ai des groupes qui préparent des actions armées… Je n'ai plus de mandat. Le FPR et les forces gouvernementales préparent la guerre ».

Tout au long de l'allocution, Désiré Munyaneza, qui comparait depuis six mois pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, est resté très calme. Vêtu d'un costume beige, il n'a eu de cesse de prendre en notes les propos de l'ancien commandant de la MINUAR.

CS/PB/GF
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