17.12.07 - RWANDA/GENOCIDE - KAMEGERI A SAUVE UNE CENTAINE DE PERSONNES PENDANT LE GENOCIDE

Kigali, 17 décembre 2007 (FH) - Treize ans après, Kamegeri se souvient encore des dures circonstances dans lesquelles il a sauvé la vie à une centaine de Tutsis de sa région natale, à l'ouest du Rwanda.
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« J'ai d'abord hébergé chez moi 30 Tutsis. Ensuite, je leur ai fait traverser le lac la nuit, un à un, dans une pirogue, afin qu'ils échappent aux miliciens Interahamwe qui les pourchassaient », raconte cet octogénaire, qui affirme être encore capable de mener ce type d'embarcation.

« J'ai évacué d'autres Tutsi estimés à 70 que mes voisins m'avaient amenés. Je les conduisais sur l'Ile Idjwi, dans le lac Kivu, où mes amis les accueillaient. Pour le reste, je leur envoyais de la nourriture et du lait pour les enfants », poursuit humblement ce paysan.

La semaine dernière à Kigali, Kamegeri et une dizaine d'autres justes, dont 4 femmes, ont reçu des certificats de mérite. Cette cérémonie de reconnaissance solennelle a été organisée par une association rwandaise de jeunes, Memos Learning from History, en partenariat avec Ibuka, la principale organisation de rescapés et l'Association des veuves du génocide (AVEGA), avec l'appui financier de l'Institut de recherches sociales de Hambourg en Allemagne.

Le vieux Kamegeri n'était pas l'homme le plus robuste, ni le plus rusé, ni le plus respecté de son village. Il n'attendait pas non plus de récompense de ces infortunés. « J'ai agi par pitié. Car c'étaient des
êtres humains qui ont un corps comme moi et qui n'avaient rien fait pour mériter d'être tués », raconte le vieillard, très ému.

Aujourd'hui, ces miraculés luttent tant bien que mal contre les séquelles du génocide mais en dépit de cette adversité, ils tiennent à exprimer leur gratitude à leur bienfaiteur auquel ceux qui le peuvent ont donné une vache, le meilleur présent qui soit dans la culture rwandaise. Mais plus important que ces contingences matérielles, « ils me saluent, je les salue, quand ils passent deux semaines sans nouvelles de moi, ils viennent s'enquérir, rien ne vaut cette unité », se réjouit Kamegeri.

Même s'il n'aime pas jouer les redresseurs de tort, le vieil homme critique de « faux ministres de Dieu » qui ont joué un rôle répréhensible lors du génocide. Parmi ceux-là, il cite un pasteur qui, après 1994, lui a refusé le sacrement de baptême, au motif qu'il était marié à deux femmes. Comme le vieil homme connaissait le mauvais comportement de l'homme d'église pendant le génocide, il dit : « Je me suis baptisé moi-même ; je porte le nom chrétien d'Augustin».

SRE/ER/PB
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