25.02.08 - RWANDA/BELGIQUE - UNE SURVIVANTE DU GENOCIDE RWANDAIS ASSIGNE EN JUSTICE L'ETAT BELGE

Bruxelles, 25 février 2008 (FH) – Une Rwandaise survivante du génocide a cité l'Etat belge à comparaître devant le tribunal civil et lui réclame un dédommagement estimé à 100 000 euros pour avoir abandonné à une mort certaine sa soeur, son beau-frère et leurs enfants le 11 avril 1994 à Kigali, a-t-on appris la semaine dernière dans le quotidien « Le Soir ».
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La citation souligne la responsabilité de la Belgique dans le massacre d'environ 2000 Rwandais qui s'étaient placés sous la protection de ses Casques bleus à l'Ecole technique officielle (ETO) Don Bosco, située à Kicukiro. L'ETO était alors un des campements principaux, surnommé « Beverly Hills », du bataillon belge de la Minuar (Mission des Nations unies au Rwanda) basé à Kigali. La plaignante et sa famille y avaient trouvé refuge le 8 avril.

« Il fut décidé par le colonel Marchal, chef du bataillon belge KIBAT de la Minuar [...] de retirer durant l'après-midi du 11 avril 1994 les casques bleus belges de l'ETO, en abandonnant les quelques milliers de réfugiés rwandais qui s'y trouvaient, et ce malgré le fait que le site était encerclé par des miliciens armés (Interahamwes) dont tout le monde, y compris les soldats et les officiers belges, savaient qu'ils allaient procéder au massacre des réfugiés dès le retrait des 92 soldats belges qui y étaient cantonnés », relate la citation dont Hirondelle a pu avoir connaissance.

Les premiers massacres d'ampleur du génocide rwandais avaient commencé quelques jours plus tôt, le 6 avril 1994, après l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana. Ils feront en trois mois quelque 800 000 morts, selon l'Onu.

La Belgique avait décidé de retirer son contingent de Casques bleus de la Minuar, reconnu comme le seul opérationnel, suite à l’assassinat de dix de ses soldats le 7 avril 1994. Ce retrait du Rwanda aura lieu effectivement quelques jours plus tard.

La réquérante a souhaité garder l'anonymat. Ses avocats, Mes Luc Walleyn et Philippe Lardinois, estiment que les troupes belges auraient eu les moyens de « facilement » protéger les réfugiés de l’ETO avant de trouver quelque solution d'évacuation, voire de l'organiser jusqu'à l'aéroport situé à seulement quelques kilomètres.

Ils s'appuient entre autres pour établir les faits sur un rapport de l'ONU de 1996 et sur un rapport du Sénat belge de 1997 qui, tous deux, établissent un lien de cause à effet entre le retrait des soldats du Royaume et les massacres à l'ETO.

S'appuyant également sur les témoignages de Roméo Dallaire, l'officier supérieur canadien qui commandait les militaires de la Minuar, et sur ceux livrés par des autorités militaires et politiques belges dans le rapport sénatorial ainsi que lors du procès Ntuyahaga devant la cour d'assises de Bruxelles en 2007, ils rappellent que la décision de retirer les Casques bleus belges se serait faite en court-circuitant la hiérarchie des Nations unies.

« Les Casques bleus belges étaient intégrés dans l'opération d'évacuation des expatriés [dite « Silverback », sous commandement belge, NDR] et l'ordre fut donné de n'évacuer aucun Rwandais », précisent les deux conseils dans leur citation.

Selon eux, la faute de l'Etat belge serait ainsi engagée sur base de la Convention de prévention et de répression des génocides de 1948 et du code civil belge.

De plus, continuent-ils, les militaires belges se seraient ainsi rendus coupable de « non-assistance à personne en danger », commettant une « violation grave du droit humanitaire international, notamment meurtre, extermination d'un groupe de civils et persécution d'un groupe ou collectivité identifiable pour des motifs raciaux et ethniques », l'omission d'agir lorsque cela est possible étant assimilée à l'infraction consommée dans le code pénal de la Belgique.

L’Etat belge n’a pas encore déposé de conclusions.

Une plainte similaire, déposée en 2004 par Me Eric Gillet, est pendante depuis. En revanche, il a été convenu que celle de Mes Walleyn et Lardinois sera plaidée dans un an, le 9 février 2009.

BF/PB/GF
© Agence Hirondelle