28.02.08 - KENYA/JUSTICE - LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE DOIT S'IMPLIQUER AU KENYA(PR DAVID ANDERSON)

Montréal, 28 fevrier 2008 (FH) - «L’intervention légale internationale est essentielle au Kenya, où la violence politique est quasi-normalisée" a affirmé à l'agence Hirondelle le Professeur David Anderson de l’Université d'Oxford (GB), qui a écrit plusieurs livres sur le Kenya et conseillé plusieurs organisations internationales dont la Cour pénale internationale (CPI) le mois dernier.
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Selon le Professeur Anderson, interrogé depuis Montréal, l’élite politique kenyane a attisé depuis des décennies les tensions tribales afin d'en bénéficier politiquement.

La violence a surgi suite aux résultats des élections présidentielles qui ont officiellement donné la victoire au président sortant Mwai Kibaki, des résultats rejetés par le chef de l’opposition Raila Odinga, qui dénonce des fraudes électorales. Elle oppose, principalement, les Kikuyus, la tribu du président Kibaki, et les Luos, dont fait partie M. Odinga.

Depuis les élections présidentielles du 27 décembre dernier, ces violences interethniques ont fait, jusqu’à maintenant, plus de 1000 morts selon les Nations Unies. L’ONU rapporte aussi que les violences ont forcé au-delà de 310 000 personnes à quitter leur foyer. Plusieurs ont qualifié ces violences de "crimes contre l’humanité" et même de « nettoyage ethnique ».

L’évêque catholique d’Eldoret, une ville à l’ouest du pays qui a été une des plus touchée par la violence, Cornelius Korir, a expliqué à l’Agence Hirondelle, que « ce sont les mêmes tendances qu’en 1992 et 1997 »; lorsque des résultats électoraux controversés ont aussi mené à des centaines de morts et à des milliers de personnes déplacées. Cette nature répétitive de violence ethnique post-électorale représente un grand danger selon les observateurs.

Selon David Anderson, les solutions à court terme sont l’annulation de la dernière élection et la reconstitution de la commission électorale. Mais à long terme, l’universitaire croit qu’il doit nécessairement y avoir des enquêtes, et des poursuites, sur les violences interethniques actuelles mais aussi sur celles du passé. Il soutient qu’il ne peut pas y avoir d’impunité; un message qui a aussi été lancé par l’ancien Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, venu tenter une médiation au Kenya le mois dernier. Jeudi un "accord de coalition" signé par les deux adversaires a été enfin annoncé. Les termes de cet accord n'ont pas encore été explicités.

Le premier responsable pour enquêter et juger les auteurs de ces violences devrait être le Kenya lui-même. Aucune information n'a été émise par le Ministère de la justice du Kenya sur d'éventuelles enquêtes ou mesures légales destinées à rendre justice aux victimes. Faute de quoi la Cour pénale internationale, dont le Kénya est un Etat-partie, pourrait être saisie même si sa compétence ne pourrait porter que sur les dernières violences.

Interrogé par l'agence Hirondelle, Richard Goldstone, ancien procureur en chef des tribunaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, s'est dit sceptique sur la possibilité d'un tribunal spécial sur le modèle de ceux qui opèrent en Sierra Leone ou au Cambodge. Cette option, suggérée par le Pr Anderson, est selon lui improbable en raison de son coût potentiel et du manque de volonté politique des Nations unies.

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© Agence Hirondelle