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Tunisie : de "faux martyrs" de la Révolution recrutés comme fonctionnaires

Tunisie : de "faux martyrs" de la Révolution recrutés comme fonctionnaires©©Manifestation à Tunis le "jour des martyrs" le 9 avril 2013
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Le dernier rapport de la Cour des comptes vient d’épingler le ministère de l’Education Nationale et le ministère de la Jeunesse et du Sport. La Cour leur reproche de ne pas avoir suffisamment vérifié l’identité de leurs dernières recrues : de faux blessés de la révolution tunisienne et de pseudo membres de familles de « martyrs ».

 Même si la liste définitive des victimes de ces jours de violences policières perpétrées du 17 décembre 2010 jusqu’au 28 février 2011 qui ont marqué le premier pays des « Printemps arabes » et ont poussé un dictateur- Zine Abidine Ben Ali- à l’exil le 14 janvier 2011, n’a jusqu’ici pas été publiée, des listes provisoires existent au ministère de l’Intérieur, au Parlement et à l’Instance supérieure des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ces victimes ont droit selon des dispositions dérogatoires de la législation tunisiennes promulguées après le 14 janvier à des recrutements directs et exceptionnels dans l’administration publique : ils sont, d’après la loi, dispensés de concours.

Or le trentième et dernier rapport de la Cour des comptes vient de révéler que le ministère de l’Education Nationale et le ministère de la Jeunesse et du Sport ont recruté lors de la période allant de 2011 à 2016, de faux blessés et des membres de familles de pseudo « martyrs » de la révolution dont les noms figurent sur ces listes mais qui n’ont aucun lien avec la répression sanglante des forces de l’ordre.

« 73 individus cités par ces listes sont morts dans les prisons et 13 autres noms appartiennent à des bébés décédés hors du contexte révolutionnaire », note le rapport

D’autre part, le rapport démontre que des dizaines de bénéficiaires du décret loi relatif à l’amnistie générale des prisonniers politiques de la dictature publié le 19 février 2011 ont été embauchés sans aucun souci des critères de l’âge, du diplôme et des compétences.

 

Des familles doublement indemnisées

En février 2011, le premier gouvernement de transition décide d’allouer 20 000 dinars (7000 €) aux familles des personnes ayant « sacrifié leur vie pour faire aboutir la révolution » et 3.000 dinars (1000€) aux blessés, quelle que soit la gravité de leurs atteintes physiques. Les autorités versent ces réparations financières à 2.749 blessés et aux familles des 347 personnes tuées par les balles des forces de sécurité du régime de Ben Ali selon un premier bilan dressé les jours suivant la fuite de l’ex président. En décembre 2011, le gouvernement distribue la seconde tranche, du même montant, aux blessés et aux familles des « martyrs ». Or le dernier rapport de la Cour des comptes a démontré que certaines familles de victimes ont été doublement indemnisées pendant la période allant entre 2012 et 2014. Conséquence : une somme de 184,5 millions de dinars (6,5 millions d'euros) a été indument payée à plusieurs bénéficiaires. L’Etat, recommande la Cour « devrait récupéré ce montant ».

D’autre part, le rapport constate que certaines recrues parmi les amnistiés et les blessés de la révolution sont absentéistes et indisciplinés. Des poursuites judiciaires ont même été engagées à l’encontre de certains d’entre eux. Au ministère de l’Education Nationale, des recrues ne répondent à aucun critère, ni au niveau du diplôme, ni au niveau de l’âge, ni au niveau des compétences. Ce qui va avoir des conséquences néfastes sur la qualité de l’enseignement qu’ils vont dispenser. Le rapport a démontré qu’il était absurde de charger un ancien prisonnier politique ayant quitté le secteur de l’éducation nationale depuis plus vingt ans de nouveau de la responsabilité d’une classe.

« On a voulu montrer que ces recrutements exceptionnels qui ont eu lieu depuis 2011 jusqu'à 2016 ont abusivement alourdi le budget de l’Etat par une masse salariale stérile et inadaptée aux évolutions technologiques et pédagogiques et n’ont même pas respecté les dispositions exceptionnelles prévues par la loi », critique Nejib Gtari, premier président de la Cour des comptes.

 

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