Sans information, pas de réconciliation

La semaine de la justice transitionnelle : espoir en Guinée, désillusion au Togo, impunité au Burundi

©AFP/FlickrUn Guinéen montre une photo de son fils tué le 28 septembre 2009 à Conakry
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La justice sera –t- elle rendue cette année en Guinée dans le dossier très sensible du massacre  de plus de 150 personnes, le 28 septembre 2009, dans un stade de la capitale, Conakry ? Si l’espoir est permis après le bouclage de l’enquête en décembre 2017 et le renvoi des accusés devant une cour criminelle, les victimes ne s’emballent pas. Et pour cause : le ministre de la Justice Cheik Sacko indique déjà que le gouvernement n’a pas assez de moyens pour la tenue de ce procès qui, selon lui, pourrait durer de 8 à 10 mois. Une façon de lancer la balle dans le camp des bailleurs de fonds américain et européens qui exigent, depuis des années, que la lumière soit faite sur ce massacre qualifié de crime contre l’humanité par les Nations unies. Autre bémol : le non-lieu prononcé en faveur de deux officiers qui figuraient au nombre des suspects : le Général Mathurin Bangoura, actuel gouverneur de Conakry, membre du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), la junte militaire alors au pouvoir, et le capitaine de gendarmerie Bienvenu Lamah. Sans oublier que le principal accusé, l’ancien président du CNDD, Moussa Dadis Camara, est toujours en exil au Burkina-Faso. La présidente de l’Association des parents et victimes du massacre du 28 septembre 2009, Asmaou Diallo, a, en tout cas, prévenu qu’elle saisirait la justice internationale si le procès ne s’ouvrait pas en 2018.

 

Désenchantement au Togo où les mécanismes de justice transitionnelle mis en place pour faire la lumière sur les violences politiques de 1958 à 2005 ont échoué. Désormais, le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) chargé de mettre en ouvre en œuvre les recommandations de la Commission Justice Vérité et Réconciliation (CVJR) sait qu’il n’a que de l’argent à offrir aux victimes. Les plaintes dorment dans les tiroirs des tribunaux tandis que les bourreaux, toujours aux affaires, se pavanent. « Au Togo, l’argent remplace facilement la justice », constate ainsi Maxime Domegni, correspondant de JusticeInfo à Lomé.

 

Et que dire du Burundi  qui traverse une grave crise politique et des droits de l’homme depuis avril 2015 ? Les meurtres, enlèvements, actes de torture et arrestations d’opposants politiques réels ou supposés, de journalistes et d’activistes des droits de l'homme se sont poursuivis en 2017 au pays de Pierre Nkurunziza, selon le rapport annuel de Human Rights Watch (HRW) publié le 18 janvier. Et dans sa détermination à sévir contre son peuple dans l'impunité la plus totale et loin des regards étrangers, le Burundi, qui est devenu en octobre dernier le premier pays à se retirer du Traité de la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré persona non grata tout enquêteur étranger. « Au Burundi, l’impunité pour les crimes graves reste la norme », s’alarme fort justement Human Rights Watch.

 

Enfin, la Tunisie toujours en quête de justice sociale, sept ans après la Révolution de janvier 2011. En témoigne la  campagne Fech Nestanaw lancée au début de l’année. « Nous appelons à l’abrogation de la Loi des finances 2018, qui a entraîné l’augmentation vertigineuse des prix de plusieurs produits de consommation courante et va pousser, à notre avis, à l’aggravation de la fracture sociale en Tunisie et à la précarisation des couches populaires », explique l’un des organisateurs de la campagne, Koussai Ben Fradj, un étudiant interrogé par la correspondante de JusticeInfo, Olfa Belhassine.

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