Sans information, pas de réconciliation

La semaine de la justice transitionnelle : au Mali, une élection de tous les espoirs

©@Issouf Sanogo/AFPA l'extérieur d'un bureau de vote à Bamako le 29 juillet 2018, des électeurs attendent pendant le décompte des voix
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Les yeux sont tournés vers le Mali où les électeurs se sont rendus aux urnes dimanche 29 juillet 2018 pour une présidentielle censée sortir de l’impasse le processus de mise en œuvre de l’accord de paix de 2015, qui prévoit notamment des mécanismes de justice transitionnelle après des années de violations graves des droits de l’homme.

La communauté internationale s’attend par ailleurs à ce que la relance de cet accord de paix inter-malien donne un coup de pouce à la lutte contre la djihadisme qui sévit au Mali et dans toute la région du Sahel.

A la veille du scrutin, le secrétaire général de l’Onu, qui s’était rendu dans le pays, il y a deux mois, a « encouragé tous les acteurs politiques maliens à s'engager à faire de ce scrutin un processus pacifique, libre et transparent et à recourir aux institutions prévues à cet effet en cas de litiges, en accord avec la loi ». Antonio Guterres a « souligné que la paix et la réconciliation pour tous les citoyens maliens doivent prévaloir, indépendamment du résultat du scrutin ». Malgré cet appel, des attaques ont visé le matériel et les agents électoraux dans certains bureaux de vote dans le nord et le centre du pays.

Ce scrutin fait suite à celui de 2013 qui avait permis de rétablir l’ordre constitutionnel après le coup d’Etat conduit l’année précédente par des officiers subalternes. Ce putsch avait scellé l’effondrement des institutions alors que les régions du nord passaient sous le contrôle de groupes djihadistes et de rebelles indépendantistes à majorité touareg. Flagellations publiques, destructions de biens culturels, amputations, viols, assassinats et autres crimes ont été commis durant l’occupation du nord tandis que des affrontements meurtriers entre militaires, des enlèvements et séquestrations avaient lieu dans le sud.

Alors que le Mali attend le verdict des urnes, la République démocratique du Congo (RDC), de son côté, ignore encore si son actuel président, Joseph Kabila, sera candidat au scrutin prévu en décembre prochain. Le dépôt des candidatures a officiellement débuté le 25 juillet mais Kabila, dont le second mandat constitutionnel a expiré en décembre 2016, continue d’entretenir le suspense sur son avenir politique, ajoutant ainsi de l’eau au moulin de ceux qui le soupçonnent de vouloir briguer un troisième mandat que lui interdit la Constitution. La lutte pacifique pour l’alternance démocratique a déjà fait ses martyrs en RDC. De l’avis de nombreux hommes politiques, dont le député national Nzangi Muhindo Butondo, « si Joseph Kabila se présente, le processus électoral va s’arrêter ».

En cette période d'expectative, la justice militaire congolaise, elle, poursuit son travail, en envoyant "un signal clair et bienvenu contre l’impunité ». C’est en tout cas l’avis partagé des Ong TRIAL International et Physicians for Human Rights, après la confirmation le 26 juillet, par la Haute cour militaire, des 11 condamnations à la perpétuité prononcées dans le procès historique d’une vingtaine d’adeptes d’une secte religieuse. Les onze, parmi lesquels le député provincial Frédéric Batumike, ont été reconnus coupables de viols constitutifs de crimes contre l’humanité.

Le même jour, en Côte d’Ivoire, la Cour suprême a cassé le jugement d'acquittement dont avait bénéficié en 2017 l'ex-première dame Simone Gbagbo au terme de son procès en assises pour crimes contre l'humanité pendant la crise post-électorale 2010-2011. L’affaire a été renvoyée devant une autre Cour d’assises. Simone, dont le mari Laurent Gbagbo, est actuellement jugé par la Cour pénale internationale (CPI), n'avait pas été libérée après son acquittement, car elle purgeait déjà, et purge encore, une peine de 20 ans de prison pour « atteinte à la sûreté de l'Etat ».

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