Sans information, pas de réconciliation
Dossier spécial « Time for the truth in Gambia »

Justice transitionelle, justice universelle ?

Justice transitionelle, justice universelle ?©ICC/CPIBosco Ntaganda à son procès
2 min 5Temps de lecture approximatif

L’ouverture du procès de Bosco Ntaganda devant ses juges de la CPI a comme de juste dominé la semaine de la justice transitionnelle. Chef de guerre rwandais au sein du FPR de Kagamé, puis au sein de diverses milices congolaises ou rwandaises dont le M23 de sinistre réputation, Ntaganda est accusé d’une longue litanie de crimes de guerre dont de nombreux crimes sexuels commis sur ses recrues, des enfants soldats. Son nom de guerre : Terminator, un surnom qui a pu servir son aura guerrière au moment de sa gloire mais qui aujourd’hui lui colle à la peau et résume sa vie.

Au second jour de son procès, celui qui fut aussi général au sein de l’armée régulière congolaise s’est ainsi défendu d’être « un criminel » et s’est présenté comme un « soldat ». La CPI, régulièrement critiquée notamment en Afrique, continent exclusif de ses enquêtes, veut faire exemple de ce procès. Victimes, experts de tout bord seront appelés à la barre et les témoignages risquent d’être lourds et à charge pour Terminator accusé d’avoir été au centre d’une machine à tuer et violer dans la région des Grands Lacs. "Bosco Ntaganda était l'un des commandants les plus importants et a ordonné des attaques et la mort" de civils, a affirmé la procureure de la CPI Fatou Bensouda devant la cour à La Haye: "cette affaire concerne la violence qui a décimé la région de l'Ituri, tuant des centaines de civils, laissant des milliers vivre de rien dans la forêt"."Ntaganda et sa milice ont forcé des enfants à tuer, ils les ont traités de manière cruelle et ont violé les filles", a ajouté l'adjointe de Fatou Bensouda, Nicole Samson. Il reste que les commanditaires de Ntaganda congolais ou rwandais ne seront pas appelés au risque de donner à la justice internationale rendue par la CPI un gout d’inachèvement et d’incomplétude.

L'ombre de Deby

 

C’est ce même angle d’attaque choisi par un avocat sénégalais d’Hissène Habré qui a déposé plainte devant les Chambres africaines extraordinaires à Dakar contre son successeur à la tête du Tchad Idriss Deby pour nombre de crimes et atrocités. Les Chambres africaines extraordinaires (CAE), est un tribunal spécial créé en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA) et devant lequel doit reprendre lundi le procès de Habré.

Aux termes de cet accord et d'après ses statuts, cette juridiction est compétente pour les "crimes et violations graves du droit international" qui auraient été "commis sur le territoire tchadien au cours de la période du 7 juin 1982 au 1er décembre 1990", soit sous Hissène Habré, réfugié au Sénégal depuis décembre 1990.

Cette plainte apparaît inviable juridiquement mais elle interpelle l’attention internationale sur le triste bilan en termes de droits de l’homme et de respect des règles démocratiques de Deby, devenu un allié utile de l’Occident en Afrique de l’Ouest comme le fut d’ailleurs en son temps Habré.

La justice internationale est supposée universelle mais pas pour tous et pas tout le temps.

 

 

Partager
Abonnez-vous à la newsletter