La justice doit être vue pour être rendue
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La semaine de la justice transitionnelle : échec en RCA et recul au Burundi

La semaine de la justice transitionnelle : échec en RCA et recul au Burundi©©ONULe secrétaire-général de l'ONU en visite en RCA
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La visite du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres en République centrafricaine a été le fait saillant de la semaine de la justice transitionnelle.

Dans ce pays sans Etat, ravagé par la guerre, Guterres a défendu le droit, la mission de l’ONU en RCA (Minusca) et la justice. Contre l’impunité. Peinant à convaincre ses interlocuteurs centrafricains qui doutent de la Minusca vue comme un acteur partial et de la gouvernance du Président Touadéra.

Selon le secrétaire-général qui s’exprimait jeudi à Bangassou, dans un camp de déplacés musulmans « La RCA est un pays qu'un groupe de criminels essaie de transformer en enfer". Ajoutant : « je sais que c'est difficile de parler de réconciliation quand on a souffert. Mais la seule solution, c'est la réconciliation, avec notamment la justice ».

On en est loin. Didier Niewiadowski, l’un des meilleurs connaisseurs du pays explique ainsi dans une interview à JusticeInfo.net : « Avec un pouvoir exécutif devenu inaudible et impuissant, la violence dévore tout. La prédation et l’instinct de survie coûte que coûte sont encouragés par l'impunité quasiment érigée en principe de gouvernance ».

Les casques bleus de la Minusca chargés de protéger les populations contribuent à leur calvaire. Des bataillons entiers comme le contingent congolais ont dû être rappelés accusés de viols, violences et trafics en tout genre. À Bangassou, ville divisée par des violences intercommunautaires et religieuses, les bataillons sont mis en cause au mieux pour « passivité » sinon pour leur « parti pris », notamment les militaires marocains.

Dans ce contexte, la « justice » demandée par Guterres et la communauté internationale parait lointaine, comme le montre le difficile accouchement de la Cour Pénale Spéciale (CPS).

Dans un interview Thierry Vircoulon, explique : « La gestion politique de la Cour pénale spéciale va être un vrai défi pour deux raisons: premièrement, le conflit n’est pas terminé, il ne s’agit donc pas de justice post-conflit mais de justice dans le conflit; deuxièmement, la plupart des suspects déjà en détention sont des anti-balaka (nldr, milice créée comme une riposte à la Seleka) et une partie de l'élite de Bangui a des sympathies pour eux ». 

Tout aussi sévère, Didier Niewiadowski ajoute : « Devant l'immensité de la tâche qui est de juger les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis depuis 2003, alors que plus de la moitié du territoire est hors de tout contrôle, que les victimes ont parfois été aussi auteurs des crimes, qu'il n'y a plus de centres pénitentiaires dignes de ce nom, que le procureur général était un représentant de la justice militaire du président Kabila ce qui augure bien de son efficacité, qui peut encore croire raisonnablement à son opérationnalisation ». Et de trancher : « Une juridiction nationale ne peut fonctionner que dans le cadre d'un Etat. Où est l'Etat en Centrafrique ? »

Procès d'un dirigeant éthiopien aux Pays-Bas

Pourtant, toutes les analyses montrent que seules la justice et la fin de l’impunité peuvent assurer la réconciliation et une paix durable. Même des décennies après les faits. Ainsi à l’occasion du procès aux Pays-Bas d’un haut dignitaire éthiopien Eshetu Alemu, ancien membre du régime de Mengistu Hailemariam accusé de ce qui était connu il y a 40 ans comme la « terreur rouge », Girmachew Alemu Aneme, professeur associé à l’université de droit d’Addis-Abeba, explique « il est important que les politiciens, d’hier et d’aujourd’hui, y compris ceux en Ethiopie, comprennent qu’ils ne peuvent pas commettre des crimes et se cacher ensuite en Europe et aux Etats-Unis pour échapper à la justice ». Interrogé par JusticeInfo, il ajoute qu’un tel procès « montre que, pour ceux engagés dans des exécutions politiques, passées ou présentes, et pour la société dans son ensemble, la justice sera rendue, même après de longues années ».

C’est ce que croit pouvoir empêcher le Burundi du Président Pierre Nkurunziza qui a formellement quitté le 27 octobre la Cour Pénale Internationale. Camouflet à la justice internationale, ce retrait "intervient au moment où la machine (répressive) continue de tuer impunément au Burundi", a déclaré vendredi Lambert Nigarura, président de l'ONG Coalition du Burundi.

 

 

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