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CPI : le jihadiste malien présumé a plutôt protégé les mausolées, selon sa défense

CPI : le jihadiste malien présumé a plutôt protégé les mausolées, selon sa défense©Photo ICC/CPIAhmad Al Faqi Al Mahdi à l'audience le 1er mars 2016
3 min 21Temps de lecture approximatif

 La Cour pénale internationale (CPI) a clos mardi soir l’audience de confirmation des charges dans le dossier à l’encontre du Malien Ahmad Al Faqi  Al Mahdi soupçonné de crimes de guerre pour destruction de neuf mausolées  et d’une mosquée de Tombouctou en 2012.  Intervenant en dernier, la défense du jihadiste présumé a soutenu que son client s’était plutôt employé à protéger ces  édifices religieux. La chambre  préliminaire de la CPI dispose d’un délai de 60 jours pour décider si oui ou non le dossier du procureur est suffisamment solide pour que le suspect soit renvoyé devant une chambre de première instance pour jugement.

L’essentiel de la journée a été consacré à la présentation des arguments du procureur. Fatou Bensouda a affirmé que le suspect avait joué un rôle dans la destruction de neuf mausolées de Tombouctou et d’une des plus importantes mosquées de la ville, des édifices religieux protégés par l’Unesco.

Touareg né à une centaine de kilomètres  à l'ouest de Tombouctou, dans le nord malien, Ahmad Al Faqi Al Mahdi, la quarantaine, était une personnalité active dans le contexte de l'occupation de la ville et était membre d'Ansar Dine, un groupe islamiste radical associé à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Il aurait été notamment, jusqu'en septembre 2012, à la tête de la « Hesbah », la « Brigade des mœurs », opérationnelle à Tombouctou à partir de mai 2012, et également associé au travail du Tribunal Islamique de la ville.

Pour la procureure Fatou Bensouda, le suspect s’est rendu coupable de crimes de guerre en s’attaquant à ces édifices religieux représentant  l’identité culturelle de nombre de Maliens. La magistrate gambienne a ainsi exhorté les juges à « agir face à la destruction et la mutilation de notre héritage commun ».

C’est la première fois dans l’histoire de la justice pénale internationale que la destruction d’édifices religieux et de monuments historiques est qualifiée de crime de guerre. Ce dossier est par ailleurs le premier ouvert par la Cour pénale internationale dans le cadre de son enquête sur les violences au Mali en 2012-2013.

  

« Il ne s’agit pas d’attaquer des mosquées »

 

 La défense du suspect n’a demandé qu’une trentaine de minutes pour répliquer. Maître Jean-Louis Gillisen a affirmé d’entrée de jeu que son client n’avait pas peur d’un éventuel procès. Pour l’avocat, Ahmad Ali Faqi Al Mahdi, « un homme intelligent et raisonnable, un intellectuel soucieux du bien collectif » ne pouvait s’attaquer ni aux mosquées ni aux tombeaux de saints de Tombouctou. 

 « Il ne s’agit pas d’attaquer des mosquées. A aucun moment, il ne s’agissait d’attaquer des mosquées. Jamais ! Il ne s’agit même pas d’attaquer des tombeaux », a plaidé Me Gillisen. « Il s’agit, que les choses soient claires, d’attaquer des couvertures de tombeaux. Il s’agit de mettre en œuvre des moyens qui visent à libérer les tombeaux d’éléments qui ont été construits sur ceux-ci. Et cette différence apparaît d’importance parce que ce n’est donc pas les tombeaux eux-mêmes qui seront attaqués. Matériellement, les tombeaux seront même protégés, Monsieur Al Faqi Al Mahdi est très clair là-dessus. Il n’est pas question qu’on touche aux tombeaux ou à ce qu’ils contiennent », a conclu le défenseur.

Présent dans la salle, avec son abondante chevelure frisée, sa barbe hirsute et ses lunettes rectangulaires, le suspect est resté serein.

 L’audience de mardi était très attendue. Notamment par les défenseurs maliens des droits de l’Homme dont certains s’étaient déplacés au siège de la CPI, à La Haye, aux Pays-Bas.

 

 « Etendre les charges aux violences sexuelles »

 

 Pour eux, cette étape de la procédure dans l’affaire Ahmad Al Faqi Al Mahdi marque un tournant dans la lutte contre l’impunité, même s’ils auraient souhaité que soient ajoutés au dossier les violences sexuelles et d’autres crimes reprochés au suspect alors qu’il était membre de la « brigade des mœurs » à Tombouctou.

 « Nous savons que dans l'organigramme des groupes armés qui ont sévi à Tombouctou, ce Monsieur (également) dénommé Abou Tourab exécutait les décisions du tribunal islamique. Donc, en tenant compte de ces aspects, nous aurions voulu vraiment que la Cour puisse étendre les charges aux violences sexuelles et aux autres crimes qu'il aurait pu commettre à Tombouctou », a indiqué à Studio Tamani le président de l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), Maître Moctar Mariko.

Il a par ailleurs déploré la remise en liberté par les autorités maliennes de complices présumés d’Ahmad Al Faqi Al Mahdi, qui menacent aujourd’hui victimes, témoins et défenseurs des droits humains. Pour lui, la justice malienne doit elle aussi jouer pleinement son rôle, en jugeant tous les autres suspects. « Nous comptons vraiment sur cette action de la CPI pour qu’un signal fort soit donné à tous ceux qui ont commis des crimes au nord du Mali et au Mali en général », a conclu Moctar Mariko.

 

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