03.02.12 - TPIR/NGIRABATWARE - LES ALLEGATIONS PORTEES CONTRE L’EX-MINISTRE NGIRABATWARE (ENCADRE)

Arusha,  3 février 2012 (FH) - Poursuivi au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) pour crimes de génocide et crimes contre l'humanité,  l'ex-ministre du Plan, Augustin Ngirabatware n'est pas accusé d'avoir érigé des barrages routiers, tenu la machette ou violé en personne des femmes tutsies.  Le procureur lui reproche d'avoir abusé de sa position de personne hautement privilégiée pour jouer un rôle actif dans la planification de ces crimes, inciter les Hutus,  les aider ou les encourager d'une façon ou d'une autre à les perpétrer, dans sa préfecture natale, Gisenyi en général et, en particulier, dans la commune Nyamyumba, dont il est originaire.
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Titulaire depuis 1990 du portefeuille du Plan, « un ministère clef où se brassaient des fonds importants », Augustin Ngirabatware était pour l'accusation un « éminent universitaire ayant acquis une grande influence au Rwanda en général  et dans la préfecture de Gisenyi en particulier», gendre de Félicien Kabuga, le Rwandais le plus riche à l'époque, et un membre important du comité préfectoral  du parti présidentiel dans la préfecture de Gisenyi.

C'est par cette présentation que le procureur ouvre son acte d'accusation amendé du 13 avril 1994. Puis il entre dans le vif du sujet, en commençant par le crime le plus grave, l'entente en vue de commettre le génocide. Pour ce chef d'accusation, la poursuite s'appuie sur cinq réunions toutes tenues au cours de la période de février à mars 1994. Toutes ces rencontres, à l'exception d'une seule, ont eu lieu dans la préfecture de Gisenyi, notamment dans la commune Nyamyumba.

Selon le procureur, une de ces réunions s'est tenue en mars 1994 sous la présidence de l'accusé, avec la participation, entre autres, du maire de Nyamyumba, Faustin Bagango « qui s'était distingué dans la persécution des Tutsis et représentait aux yeux de la population l'œil et le bras de Ngirabatware ».  « A cette réunion, les participants, dont Augustin Ngirabatware, ont convenu de faire preuve de vigilance vis-à-vis des membres du groupe ethnique tutsi, lesquels étaient considérés comme les ennemis du Rwanda et devaient être exterminés », affirme le procureur.

Le texte mentionne une autre réunion tenue en mars 1994, dans la commune Nyamyumba, avec la participation de Félicien Kabuga présenté comme le principal argentier du génocide. «Il a été convenu que les Tutsis étaient l'ennemi, qu'il fallait les identifier, les arrêter et les tuer », écrit le procureur.

Le chef de génocide est étayé par des faits de transport et de distribution d'armes et de munitions par l'ex-ministre, en avril et mai 1994, dans sa commune.

Pour le chef d'incitation directe et publique à commettre le génocide, il s'agit essentiellement de réunions tenues, soit dans la commune Nyamyumba, soit au palais du MRND, dans la ville de Gisenyi.  « A la fin du mois de mai 1994, Augustin Ngirabatware a convoqué une réunion de miliciens dans la cellule de Busheke du secteur Rushubi, où habitaient ses parents, et a incité les participants à tuer les membres de la population tutsie tout en épargnant leurs maisons pour que celles-ci puissent être occupées par la population hutue. Par la suite, des Tutsis ont été tués et leurs maisons pillées dans la préfecture de Gisenyi », accuse notamment le procureur.

Certains des faits à l'appui des crimes de génocide sont aussi invoqués pour soutenir le chef d'extermination en tant que crime contre l'humanité.

Brillant économiste diplômé de l'Université de Fribourg, en Suisse, Ngirabatware répond enfin de trois viols. Trois femmes  tutsies ont été violées « vers avril 1994 » dans la commune Nyamyumba  par des Interahamwe, « agissant de concert avec Augustin Ngirabatware », dans le cadre d' « une entreprise criminelle commune ayant pour but d'exterminer la population civile tutsie », allègue la poursuite.  Le texte précise qu'une de ces victimes a été violée alors qu'elle était cachée au domicile d'un frère de Ngirabatware.

Pour l'ex-ministre, qui déclare n'avoir jamais mis les pieds dans sa commune natale pendant toute la durée du génocide, toutes ces allégations ne sont qu'un tissu de mensonges.

Ngirabatware était également accusé, au départ, d'avoir détourné d'importants fonds de son ministère au profit des activités criminelles des miliciens Interahamwe dans la préfecture de Gisenyi et sur l'ensemble du territoire, mais le procureur a retiré ce chef en cours de procès, faute de preuves.

ER/GF

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