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Passé colonial de la famille royale néerlandaise : de la vérité aux réparations ?

Une nouvelle enquête met en lumière le rôle joué par la famille royale néerlandaise dans le passé colonial néerlandais. En ordonnant cette enquête, le roi des Pays-Bas a fait preuve d’ouverture face à une facette douloureuse du passé familial. Mais la vérité et la reconnaissance des faits suffisent-elles à amorcer le processus de guérison auquel le roi souhaite contribuer ?

Une nouvelle enquête met en lumière le rôle joué par la famille royale néerlandaise dans le passé colonial néerlandais. En ordonnant cette enquête, le roi des Pays-Bas a fait preuve d’ouverture face à une facette douloureuse du passé familial. Photo : La Reine Maxima, la Princesse Amalia et le Roi marchent dans une rue.
La reine des Pays-Bas Maxima, la princesse Amalia et le roi des Pays-Bas Willem Alexander assistent à la cérémonie d'assermentation du Grand-Duc Guillaume au Luxembourg, le 3 octobre 2025. Photo : © Alexandros Michailidis / Shutterstock
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Le vendredi 2 octobre 2026, une commission de recherche dirigée par le professeur Gert Oostindie a présenté les résultats d’une enquête de trois ans sur le rôle de la famille royale néerlandaise (la Maison d’Orange) dans l’histoire coloniale des Pays-Bas. Cette enquête, qui a donné lieu à une publication en cinq tomes, porte sur le rôle de la Maison d’Orange de 1600 à nos jours. Elle montre que cette dynastie, jusqu’à la défunte reine Wilhelmina qui a régné jusqu’en 1948, a activement soutenu l’entreprise coloniale néerlandaise. Elle a légitimé les guerres coloniales et l’oppression violente, et n’a pas remis en cause la traite négrière, ni soutenu activement son abolition. À l’exception du roi Guillaume Ier, la Maison d’Orange n’a cependant jamais orienté non plus à la politique coloniale. La commission constate néanmoins que la famille royale a tiré profit de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) et de la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales (WIC), à hauteur d’environ un demi-milliard d’euros en monnaie actuelle.

La commission conclut que la Maison d’Orange porte une part de responsabilité dans le colonialisme néerlandais et les préjudices qu’il a causé. Ces préjudices comprennent le massacre de 15 000 habitants des îles Banda, en Indonésie, pour mettre en place des plantations, le déplacement forcé de 660 000 à 1 million d’esclaves vers l’Indonésie, ainsi que le recours à la violence extrême pendant la guerre coloniale de 1945 à 1949, longtemps qualifiée par euphémisme d’« actions de police ». Le colonialisme a contribué à un système d’inégalités raciales, d’oppression et de supériorité blanche, soutenu par la Maison d’Orange. Ce n’est qu’avec la reine Juliana, grand-mère du roi Willem-Alexander, que la Maison s’est opposée à la violence en Indonésie et a commencé à dialoguer avec les communautés postcoloniales sur un pied d’égalité.

Une enquête sans précédent

C’est la première fois qu’une famille royale commande une étude sur sa propre implication dans le colonialisme. La famille royale a financé l’enquête, dont l’indépendance absolue a été garantie. La commission a eu accès à un large éventail d’archives et n’a présenté le rapport final qu’au roi, qui n’a pas pu en modifier le contenu.

D’autres familles royales se sont jusqu’à présent montrées plus réticentes à rechercher la vérité ou à présenter des excuses. Ainsi, le roi Charles d’Angleterre, bien qu’ouvert à la discussion sur la question de l’esclavage, ne présentera pas d’excuses officielles pour « les jours les plus sombres » du passé de la Grande-Bretagne lors de sa prochaine visite dans les Caraïbes. Les rares excuses officielles existantes se limitent souvent à des injustices coloniales isolées, comme pour l’assassinat du leader congolais Patrice Lumumba par le Premier ministre belge, ou impliquent une reconnaissance mais pas d’excuses, comme dans le cas des violences françaises lors de la lutte pour l’indépendance du Cameroun.

Le roi des Pays-Bas a pleinement accepté ces conclusions et a déclaré qu’il était affecté par l’inaction de ses ancêtres face à la violence et à l’oppression coloniales. Il a également affirmé qu’il continuerait à œuvrer en faveur du « rapprochement, de la guérison et de la réconciliation ».

L’ère des excuses

Le passé colonial néerlandais a longtemps été considéré avec nostalgie, en raison de ce qui a été baptisé la « mentalité VOC », caractérisée par un esprit d’entreprise dynamique à dimension internationale. Mais le public regarde cela très différemment depuis au moins une décennie.

En mars 2020, le roi Willem-Alexander avait déjà exprimé ses regrets et présenté ses excuses pour les violences commises pendant la guerre coloniale. Ces excuses s’inscrivent dans une tendance mondiale observée depuis la fin de la Guerre froide, parfois qualifiée d’« ère des excuses », où les excuses pour les violations des droits humains sont devenues de plus en plus courantes. Des excuses ont par exemple été présentées pour les crimes commis pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi pour les violences et l’oppression infligées à la population d’un même pays, comme les excuses du gouvernement canadien à l’égard des Premières Nations.

Les Pays-Bas ont connu leur propre « ère des excuses », liée spécifiquement à leur implication dans l’esclavage et la traite négrière. Depuis 2021, plus de 20 excuses ont été présentées par des villes, des provinces, des banques, le gouvernement central et le roi néerlandais. Ces excuses ont souvent été précédées d’enquêtes historiques sur l’implication de l’acteur concerné.

Ces enquêtes ont montré à quel point de larges pans de la société néerlandaise ont tiré profit de l’esclavage, soit directement – par exemple par la possession de plantations ou des investissements dans la VOC et la WIC –, soit indirectement – par la construction de navires et la fabrication de leur équipement, ainsi que par la transformation de produits coloniaux tels que le café et le sucre.

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Au-delà de la reconnaissance symbolique

Les excuses présentées à la lumière de ces éclairages historiques sont importantes, car elles symbolisent le passage d’une attitude consistant à ignorer les pages sombres de l’histoire néerlandaise à une attitude consistant à les reconnaître. Dans le même temps, leur portée peut être remise en question. Mes propres recherches ont montré que la plupart de ceux qui ont présenté des excuses espéraient que leurs paroles contribueraient à améliorer la compréhension mutuelle au sein de la population, à favoriser le dialogue et à constituer un pas vers la guérison et la réconciliation. Cette intention a trouvé un écho dans la réponse du roi au rapport, le 2 octobre.

Néanmoins, les recherches sur les excuses et les réparations symboliques ont montré que, pour être véritablement transformatrices, celles-ci doivent aller au-delà de la reconnaissance symbolique et inclure des mesures concrètes visant à réparer le préjudice causé. Cette promesse de réparation s’est avérée décevante dans le cas des excuses relatives à l’esclavage. Si des mesures à venir ont été évoquées, elles consistaient pour l’essentiel en des projets vagues d’éducation du public ou de dialogues publics, mais restaient bien loin de transformer le système d’inégalités raciales et socio-économiques créé par l’esclavage.

Les points de vue des communautés concernées

Un élément qui fait défaut dans la plupart des rapports et des excuses présentés jusqu’à présent, y compris dans le rapport récemment publié, est le point de vue des communautés touchées par le colonialisme ou l’esclavage. Cela peut sembler logique, car ces rapports s’appuient sur des recherches d’archives. Pour autant, la plupart des études reconnaissent la persistance actuelle des séquelles des injustices historiques, en termes d’inégalités socio-économiques et de racisme.

Les points de vue des descendants des communautés touchées par l’esclavage et le colonialisme sont essentiels pour mieux comprendre ces héritages. De plus, des études ont montré que les excuses, la reconnaissance et la réparation ne peuvent avoir de sens que si elles répondent réellement aux besoins, aux expériences et aux valeurs des personnes touchées par l’oppression et la violence, et contribuent à transformer leurs conditions de vie.

Les premières réactions des communautés concernées face à ce rapport récent sont mitigées : elles vont d’évaluations positives de l’ouverture d’esprit du roi à des interrogations sur les prochaines étapes, en passant par un rejet catégorique face à l’absence de mesures allant au-delà d’une reconnaissance symbolique.

Pas de nouvelles réparations, déclare le Premier ministre

En réponse au roi, le Premier ministre néerlandais Rob Jetten a déclaré qu’il n’y aurait pas de nouvelles réparations, le plan de réparation du gouvernement étant déjà actif depuis 2023. Il fait référence à un fonds de 200 millions d’euros, réparti entre les Pays-Bas, les Caraïbes et le Suriname, mis en place après les excuses présentées par le gouvernement en 2022 pour l’esclavage. Ce fonds soutient des initiatives politiques visant à lutter contre les inégalités structurelles, ainsi que des initiatives sociétales axées sur la reconnaissance, l’éducation et la réhabilitation. Il ne fait toutefois pas l’unanimité, car il peut être considéré comme minime par rapport aux énormes profits tirés de l’esclavage et du colonialisme, et ce ne serait-ce qu’en comparaison des profits réalisés par la seule Maison d’Orange.

En outre, on peut se demander si des initiatives visant principalement la reconnaissance et la réhabilitation peuvent réellement être considérées comme des réparations. Pour contribuer à transformer l’héritage de siècles de colonialisme, des efforts politiques et des moyens budgétaires à plus long terme et plus significatifs sont nécessaires, allant au-delà de la simple reconnaissance pour s’attaquer aux inégalités socio-économiques. Le roi pourrait envisager d’y apporter sa propre contribution, afin de renforcer sa volonté de contribuer à la guérison et à la réconciliation.

Au cours des prochaines années, des recherches doivent être menées auprès des communautés concernées, notamment auprès de divers groupes ethniques dans les zones géographiques touchées par le colonialisme et l’esclavage néerlandais. Il faut espérer que les enseignements qui en résulteront, concernant leurs expériences et leurs besoins, permettront de garantir qu’à l’avenir, les excuses bien intentionnées s’accompagnent de mesures jugées appropriées par les personnes concernées, afin d’œuvrer plus concrètement à la création d’une société plus égalitaire.

Sanne WeberSANNE WEBER

Sanne Weber est maître de conférences en études sur la paix et les conflits à l’université Radboud de Nimègue aux Pays-Bas. Ses travaux de recherche et son enseignement portent sur la manière dont les pays sortant d’un conflit gèrent leur passé violent et s’engagent sur la voie de la paix et de la réconciliation. Ses recherches actuelles explorent ce à quoi pourraient ressembler les réparations pour des injustices historiques telles que le colonialisme et l’esclavage.

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