Burkina Faso : des militaires pro Compaoré prennent le pouvoir

Burkina Faso : des militaires pro Compaoré prennent le pouvoir©AFP PHOTO/ ISSOUF SANOGOLe lieutenant-colonel Mamadou Bamba annonçant à la télévision le coup d'état
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Une vive tension règne en milieu de journée dans la capitale Ouagadougou où des coups de feu se font régulièrement entendre, rapportent des experts de la Fondation Hirondelle déployés dans le pays dans le cadre d’une mission de soutien à la Radiodiffusion Télévision Burkinabè (RTB). A 7h30 TU, un représentant du Régiment de sécurité présidentielle (RSP, ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré, le Président démis), a annoncé à la télévision nationale RTB la dissolution des institutions de la transition (parlement et gouvernement) et la nomination d’une nouvelle autorité militaire, le Conseil national pour la démocratie (CND). La loi électorale a été vivement critiquée dans ce communiqué, quelques jours après l’invalidation par le Conseil constitutionnel des candidatures de personnalités proches de l’ex régime Compaoré pour l’élection présidentielle, initialement prévue pour le 11 octobre. Nouvel homme fort du pays, l’ex chef d’état-major particulier du président déchu Blaise Compaoré, le général Gilbert Diendéré, a été proclamé à la tête du nouvel organisme issu du coup d’Etat, dénoncé par plusieurs pays, dont la France.

En milieu de matinée, l’instauration d’un couvre-feu a été annoncée dans la capitale et la fermeture des frontières a été décrétée. Les étrangers présents dans le pays ont reçu pour consigne de ne pas quitter leur domicile. Selon plusieurs témoins contactés par les experts de la Fondation Hirondelle, des affrontements sporadiques opposaient encore à 12h TU de jeunes lanceurs de pierre aux éléments du RSP, circulant à moto et armés de kalachnikovs. Selon le média en ligne Lefaso.net, deux manifestants auraient été tués mais cette information n’a pas été confirmée de source officielle.

 

Médias sous contrôle

 

Les médias d’Etat sont passés sous le contrôle du Régiment de sécurité présidentielle dès mercredi soir. Des éléments du RSP filtraient les entrées au siège de la RTB jeudi en milieu de journée, ont appris les experts de la Fondation Hirondelle. Seuls quelques techniciens ont été autorisés à rester à l’intérieur des studios, sous très stricte contrôle. A la radio, les communiqués de la nouvelle autorité militaire, le CND, sont régulièrement diffusés, entrecoupés de plages musicales et de programmes enregistrés. Plusieurs journalistes de la radio nationale ont tenté d’entrer sur le site, en vain. Les programmes de la radio française RFI ne sont plus disponibles dans le pays depuis mercredi 17h40 TU. Des éléments du RSP ont pénétré mercredi soir au siège de Omega FM, forçant le personnel à interrompre les programmes, a expliqué mercredi soir à France24 le directeur de cette radio privé burkinabè.

Arrêtés mercredi en début d’après-midi au cours du conseil du ministres, le président de la transition, Michel Kafando, son premier ministre, Isaac Zida, et plusieurs membres du gouvernement « ont été placés en résidence surveillés » a affirmé le nouvel homme fort du pays, le général Gilbert Diendéré, dans une interview à Jeune Afrique. « Ils vont bien et seront relâchés », a-t-il ajouté au même média. Plusieurs pays, dont les Etats-Unis et la France, de même que le secrétaire général de l’ONU ont exigé leur libération immédiate.

 

Appels à manifester

 

Shérif Sy, le président du Conseil national de transition (le parlement intérimaire dissout par les nouvelles autorités) a annoncé qu’il prenait la tête du pays en attendant la libération du président. Toutefois, à ce stade, il ne dispose du soutien d’aucune force armée lui permettant d’asseoir son autorité. L’armée régulière, invisible dans la capitale, n’a pas encore fait connaître sa position. Plusieurs partis et des organisations de la société civile, dont le Balais citoyen, chef de file de l’insurrection d’octobre 2014 ayant conduit à la chute du régime Compaoré, ont appelé à de nouvelles manifestations pour exiger la restauration des institutions civiles de la transition. Le siège du CDP, l’ancien parti de Blaise Compaoré, a été saccagé à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, où les manifestants continuent de se rassembler, ont annoncé des médias locaux. Selon le calendrier établi par les autorités déchues, des élections législatives devaient se tenir au Burkina Faso le 11 octobre, en même temps que la présidentielle. Dans sa première adresse à la population, le Conseil national pour la démocratie (CND), la nouvelle autorité militaire issue du coup d’Etat, a déclaré vouloir « aboutir à des élections inclusives et apaisées » mais aucun autre détail n’a été révélé.