Après le jugement Karadzic, le chemin vers la réconciliation reste long dans les Balkans

Après le jugement Karadzic, le chemin vers la réconciliation reste long dans les Balkans©ICTYRadovan Karadzic devant le TPIY
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Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) a jugé jeudi l’ancien président de la République Serbe de Bosnie, Radovan Karadzic, coupable de génocide et crimes de guerre commis durant la guerre en Bosnie de 1992 à 1995. Mais ni les Serbes ni les Bosniaques ne semblent satisfaits de la peine de 40 ans d’emprisonnement infligée à Karadzic.

Aujourd’hui âgé de 70 ans, Karadzic était sous le coup de onze chefs d’accusation de génocide, crimes contre l’humanité et violations des lois et coutumes de la guerre durant le conflit armé en Bosnie de 1992 à 1995. Les juges du TPIR l’ont reconnu coupable de 10 chefs d’accusation.
Mais les Serbes trouvent la peine injuste et politiquement motivée alors que les Bosniaques la trouvent trop faible et trop tardive.
Les deux camps s’accordent cependant pour dire qu’il s’agit là d’une preuve de plus que le chemin de la réconciliation en Bosnie Herzégovine est encore long.
Selon les experts en droit international, les deux parties – Karadzic et le procureur- devraient faire appel, et la procédure pourrait durer deux ou trois  ans avant le jugement final.
De l’avis de Toma Visnjic, un juriste de Belgrade au fait des pratiques au TPIY, Karadzic tentera probablement dans son appel d’obtenir l’acquittement pour crime de génocide à Srebrenica.
Le procureur, pour sa part, pourrait essayer de clarifier les accusations de génocide dans sept  autres localités de Bosnie, des crimes dont Karadzic a été acquitté jeudi.

Génocide

Les Bosniaques espèrent aussi voir Karadzic condamné en appel pour génocide, non seulement à Srebrenica, mais aussi dans les localités de Bratunac, Foca, Kljuc, Prijedor, Sanski Most, Vlasenica et Zvornik.
Mais le chef de la Présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine, Bakir Izetbegovic, a exhorté les dirigeants politiques locaux à ne pas politiser le verdict du TPIY, estimant que « c’est le plus important après les procès des Nazis à Nuremberg ».
« Il est important que le verdict ait condamné une politique et une idéologie terribles », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse à Sarajevo.
Néanmoins, les leaders politiques en République Serbe de Bosnie soutiennent que les éléments de preuve à l’appui du verdict sont faibles et que le Tribunal a été politiquement influencé.
A côté de ces déclarations politiques, les analystes affirment que certains médias locaux et internationaux ont joué un rôle négatif durant la guerre et même actuellement.

« Affaire Dreyfus »

Les titres de presse présentant Radovan Karadzic comme « le Boucher de Bosnie » parus, après le verdict, sur CNN, Fox News et d’autres grands médias, ne semblent pas avoir été appréciés comme favorisant la réconciliation. Pas plus que les déclarations de dirigeants politiques russes prétendant que le Tribunal de La Haye est anti- Serbe. Des tendances similaires se remarquent dans nombre de médias locaux dans les Balkans. En plus de ça, les analystes des deux côtés indiquent que les manuels d’Histoire pour l’enseignement primaire et secondaire attisent la haine ethnique parmi les jeunes générations, semant les grains de possibles conflits dans l’avenir.
Dans une interview avec le Balkan Investigative Reporting Network (BIRN) publiée la veille du verdict, Radovan Karadzic avait dit qu’il s’attendait à ce que nombre de sentences prononcées par le TPIY « soient discutées plus longtemps que le jugement dans l’affaire Dreyfus ».
De nombreux observateurs affirment que les leaders politiques des pays issus de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie ont prouvé dans le passé qu’ils n’étaient ni capables, ni prêts à contribuer à une vraie réconciliation et  que la communauté internationale devait aussi reconnaître sa responsabilité.
Il semble donc que cela prendra encore des années avant que ne démarre la vraie réconciliation dans les Balkans.