La semaine de la justice transitionnelle : Colombie, Pérou, Burundi

La semaine de la justice transitionnelle : Colombie, Pérou, Burundi©AFPUne indienne stérilisée de force au Pérou participe à une campagne d'Amnesty International
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La justice transitionnelle ne suit pas toujours un long cours tranquille qui serait constitué de processus de transition ordonnés, de procès exemplaires et de jugements équilibrés.

Comme le montre la Colombie où malgré un premier accord de principe entre la guérilla des Farc et le gouvernement signé en septembre 2015 à la Havane, de nombreux obstacles demeurent pour mettre fin à un conflit qui a fait plus de 300 000 morts. Les négociations achoppent sur 3 points : le désarmement des FARC, la sécurité dans les campagnes et un vote des Colombiens par référendum ou de leurs représentants pour approuver cet accord de paix. Ariel Avila, le politologue interviewé par la correspondant de JusticeInfo.net à Bogota Christine Renaudat explique : « ce que les guérilleros négocient, c’est essentiellement leur retour à la politique, et ils devront avoir leur place.Je l’ai dit récemment dans un éditorial assez polémique : il est impossible de croire que les commandants de la guérilla aient fait cinquante ans de guerre pour devenir conseillers municipaux dans un village. Il faut leur permettre d’entrer au Parlement, de devenir candidats présidentiels. C’est le but de ces négociations : remplacer les armes par des idées. »

Autre pays d’Amérique Latine sur lequel JusticeInfo.net s’est penché cette semaine : le Pérou qui essaie de rendre justice aux femmes indiennes stérilisées de force entre 1995 et 2000. L’auteur Juan Pablo Pérez-León Acevedo du réseau d’Oxford Transitional Justice Research, partenaire de JusticeInfo.net, explique : « la tâche de couvrir l’ensemble des victimes – potentiellement près de 300 000 personnes – est titanesque et constitue un défi important à relever. La difficulté est d’autant plus considérable que la plupart des victimes appartiennent à des communautés rurales et indigènes ou à des groupes vulnérables et très défavorisés. » Mais, le Pérou semble vouloir s’engager dans ce travail de justice, de mémoire et de réparation, les fondements même de la justice transitionnelle.

En revanche, au Burundi les exactions se poursuivent et un général tutsi a été assassiné lundi 25 avril quelques heures avant l’annonce par la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) d’un examen préliminaire sur la situation de plus en plus inquiétante dans le pays. Le pouvoir manipule les processus de justice transitionnelle, notamment la Commission Justice et Vérité. Dans une interview, l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya, aujourd’hui sénateur de droit, estime que « le contexte politique et sécuritaire actuel n’est pas favorable au travail de la Commission ». Pour Ntibantunganya, qui a échappé au coup d’Etat d’octobre 1993 dans lequel fut tué Melchior Ndadaye, le premier président démocratiquement élu du Burundi, il est par ailleurs « choquant que certaines des victimes des années sombres de l’histoire de notre pays tentent de légitimer les crimes qu’ils commettent aujourd’hui en se couvrant des souffrances qui les ont frappés hier ».

A signaler enfin, un colloque à Genève du CICR sur le droit international humanitaire plus menacé que jamais par les acteurs non étatiques et les Etats eux-mêmes de moins en moins respectueux des conventions de Genève. Enfin, un film « Le siège » raconte Sarajevo. Pierre Hazan, conseiller éditorial de JusticeInfo.net explique : « plus de vingt ans après la fin du siège et de la guerre en Bosnie, ce documentaire nous ramène naturellement aux Balkans, mais il nous renvoie aussi à la Syrie d’aujourd’hui. Un documentaire nous montrera un jour comment d’autres hommes, femmes et enfants résistent depuis des années au processus de déshumanisation qui leur est infligé, alors que le monde s’est habitué à leur calvaire. »