Soudan du Sud: trêve respectée à Juba, l'armée empêche les civils de fuir en Ouganda

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La capitale sud-soudanaise a connu mercredi une deuxième journée sans combats, permettant les premières évacuations de ressortissants étrangers depuis l'aéroport de Juba, alors qu'environ 20.000 réfugiés ayant fui leurs foyers étaient bloqués par l'armée à la frontière avec l'Ouganda.

Juba a été le théâtre, de vendredi à lundi, d'affrontements entre forces fidèles au président Salva Kiir et ex-rebelles aux ordres du vice-président Riek Machar, la présidente de la Commission de l'Union africaine incriminant les deux dirigeants pour cette violence meurtrière.

Un cessez-le-feu décrété lundi soir par MM. Kiir et Machar a jusqu'à présent été respecté : aucun tir n'a été entendu mercredi, aucun hélicoptère de combat n'a été vu dans le ciel et les rues retrouvaient petit à petit une activité normale, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Mercredi soir, Salva Kiir a par ailleurs décrété une amnistie pour les combattants fidèles à Riek Machar ayant pris part à ces combats, selon un communiqué de la présidence.

Mais le patron des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Hervé Ladsous, a estimé mercredi "qu'on ne peut pas exclure de nouveaux affrontements" à Juba et signalé une "mobilisation" des forces gouvernementales et ex-rebelles autour de Malakal (nord-est) et Leer (nord).

L'ONG Médecins sans frontières s'est elle inquiétée de combats à Wau (ouest), théâtre d'affrontements depuis plusieurs semaines, ainsi qu'à Leer.

 

- 'Quitter la ville' -

 

A l'aéroport de Juba, des avions ont décollé, notamment des charters procédant à l'évacuation de certains travailleurs humanitaires, mais les vols commerciaux restaient suspendus. La compagnie Kenya Airways a indiqué qu'elle reprendrait ceux-ci à partir de jeudi, depuis Nairobi.

En attendant, Berlin a annoncé que les étrangers étaient en cours d'évacuation, notamment grâce à l'armée de l'air allemande. Les Etats-Unis et l'Inde ont eux affrété des vols pour évacuer leurs ressortissants jeudi tandis qu'un convoi de l'armée ougandaise faisait route vers la périphérie de Juba pour récupérer ses nationaux.

Un habitant de Juba souhaitant conserver l'anonymat a assuré à l'AFP que la tension restait palpable dans la ville et évoqué un quadrillage de la capitale par les forces loyalistes.

Selon le directeur de la branche locale de l'ONG Save the Children, Peter Walsh, "il y a des corps dans les rues, des magasins ont été pillés, des marchés ont fermé, les gens font la queue pour obtenir de la nourriture et des familles cherchent désespérément à quitter la ville".

Aucun bilan des quatre jours de combats n'est disponible, mais la plupart des acteurs s'accordent à dire que "des centaines" de personnes, militaires et civils, dont deux Casques bleus chinois, ont été tuées dans ce déferlement de violence, qui met gravement en péril un accord de paix signé en août 2015.

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, est déchiré depuis décembre 2013 par une guerre civile marquée par des massacres inter-ethniques et qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés.

 

- 'Assistance humanitaire' -

 

A Nimule, à 200 kilomètres au sud de la capitale, le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés estime à environ 20.000 le nombre de déplacés souhaitant passer la frontière vers l'Ouganda. Mais rares sont ceux qui y parviennent.

"Les soldats près de la frontière battent les gens pour les forcer à rebrousser chemin", témoigne Mary Modo, une mère de cinq enfants, âgée de 40 ans. "Nous sommes passés, mais quand nous sommes arrivés à la frontière, les soldats m'ont obligée à laisser là-bas tout ce que j'avais. Je n'ai gardé que deux casseroles, les vêtements que mes enfants et moi avions, avec un de rechange chacun, et mon sac à main."

La présidente de la Commission de l'UA, la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, a qualifié la situation de "totalement inacceptable". "Les gouvernements et dirigeants existent pour (...) servir le peuple, non pour être la cause de (ses) souffrances", a-t-elle affirmé à Kigali lors d'une réunion préparatoire à un sommet qui doit s'ouvrir dimanche.

Au moins 36.000 habitants de Juba apeurés ont dû fuir leurs foyers en raison de la récente flambée de violence et se sont réfugiés dans les installations de l'ONU, les églises et les écoles de la capitale, selon l'ONU.

Cette ville de plus d'1,5 million d'habitants doit de plus surmonter un approvisionnement en eau défaillant, a rapporté le correspondant de l'AFP. Sur les marchés, "certains profitent de la situation", a par ailleurs regretté un habitant de Juba, selon lequel "les prix ont plus que doublé".

La directrice du Programme alimentaire mondial, Ertharin Cousin, a affirmé à l'AFP à Amman que "trois quarts de la population du Soudan du Sud a besoin d'une assistance humanitaire".