Le Soudan du Sud : ce qu’il faut savoir

Le Soudan du Sud : ce qu’il faut savoir©AFP/CHARLES ATIKI LOMODONGTombes provisoires pour des réfugiés massacrés à proximité du siège de l'ONU à Juba (Soudan du Sud) Juillet 2016
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Le Soudan du Sud, où le gouvernement a déclaré lundi l’état de famine dans plusieurs zones, souffre d’une économie exsangue en raison d’une guerre civile dévastatrice.

Indépendant depuis 2011, le pays a plongé fin 2013 dans un conflit provoqué par la rivalité entre le président Salva Kiir et l’ancien vice-président Riek Machar, qui a fait des dizaines de milliers de morts et plus de 3 millions de déplacés.

 

– Economie en ruine –

 

La production de pétrole – dont le Soudan du Sud tirait 98% de ses recettes à son indépendance il y a cinq ans et demi – a diminué de plus de moitié et le pays peine à juguler une inflation galopante.

Juba, qui a hérité à son indépendance des trois quarts des réserves pétrolières du Soudan, reste aussi tributaire des infrastructures du Nord (raffineries et oléoducs) pour l’exportation.

Lundi, trois organisations de l’ONU (Unicef, FAO et PAM) ont indiqué que 4,9 millions de Sud-soudanais, soit 42% de la population totale du pays, avaient besoin d’une aide alimentaire d’urgence. Quelque 100.000 d’entre eux, dans le nord du pays, souffrent de famine, le niveau le plus élevé d’insécurité alimentaire.

 

– Guerre contre le Nord musulman –

 

Avant l’indépendance du Soudan du Sud, ce qui n’était alors que la région méridionale du Soudan a été le théâtre de deux guerres civiles, opposant les forces du Nord arabo-musulman (l’actuel Soudan) aux rebelles du Sud à majorité chrétienne et animiste (l’actuel Soudan du Sud) et qui ont fait des millions de morts.

Le processus d’indépendance du Soudan en janvier 1956 provoque une première guerre (rébellion Anyanya) dans le Sud contre la domination du Nord. Des accords en 1972 mettent fin à 17 ans de conflit, octroyant au Sud un statut d’autonomie.

Mais en 1983, Khartoum révoque ces accords, déclenchant une nouvelle guerre Nord/Sud. John Garang, un Dinka, fonde l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).

En janvier 2005, le pouvoir soudanais et la rébellion sudiste signent un accord de paix.

 

– Plus jeune Etat du monde –

 

Le 9 juillet 2011, le Soudan du Sud proclame son indépendance, six mois après avoir voté la sécession avec le Nord à près de 99%. Salva Kiir prête serment comme premier président.

La communauté internationale, Etats-Unis, Chine, Russie et Union européenne en tête, ainsi que le Soudan, reconnaissent rapidement ce nouveau pays africain.

 

– Frères ennemis –

 

Salva Kiir et Riek Machar sont liés par un combat commun au sein de la rébellion contre Khartoum avant l’indépendance du pays, mais aussi par des rivalités ethnique et politique.

Lors de la seconde guerre civile soudanaise, Riek Machar rejoint, suivi par de nombreux Nuer, la SPLA jusque-là essentiellement constituée de Dinka. Il s’oppose à John Garang et à ses proches, dont Salva Kiir. Machar crée un groupe rival qui s’allie à Khartoum, avant de réintégrer la SPLA au début des années 2000.

Salva Kiir le nomme vice-président, d’abord en 2005 de la région semi-autonome du Sud-Soudan, puis en juillet 2011 du Soudan du Sud indépendant.

 

– Menace de génocide –

 

En décembre 2013, le pays bascule dans la guerre civile lorsque des combats éclatent au sein de l’armée nationale, minée par des dissensions alimentées par la rivalité entre Salva Kiir et Riek Machar.

Un accord de paix signé en août 2015 est moribond depuis une flambée de violences en juillet à Juba.

En 2016, des responsables de l’ONU ont dénoncé les violences sexuelles et ethniques qui ravagent le pays et mis en garde contre un risque de génocide.