Processus de paix au Mali : l’ONU s’impatiente

Processus de paix au Mali : l’ONU s’impatiente©ONULa mission de l'ONU au Mali (Minusma) honore ses morts en novembre 2017
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Le Conseil de sécurité des Nations unies a exprimé mercredi 24 janvier son impatience face aux retards persistants dans la mise en oeuvre de l’Accord sur la paix et la réconciliation au Mali, où des élections présidentielle et législatives sont prévues cette année. Pour sa part, le secrétaire général, António Guterres, a nommé les membres de la Commission d'enquête internationale pour le Mali, chargée de soutenir la réconciliation nationale et d’appuyer les efforts des autorités maliennes dans la lutte contre l’impunité.

Dans une déclaration à la presse, les membres du Conseil de sécurité soulignent « l’urgente nécessité d'apporter des dividendes de paix tangibles et visibles à la population du Nord et d'autres parties du Mali afin de préserver la pertinence de l'Accord et d'empêcher que les gains obtenus ne soient éventuellement inversés ».  Censé ramener la paix dans la partie septentrionale du pays, l’accord inter-malien dit « Accord d’Alger » a été signé en mai-juin 2015 par le gouvernement et deux coalitions de groupes armés : la « Plateforme » regroupant des mouvements proches du gouvernement et la Coordination des Mouvements de l'Azawad (CMA), une rébellion hétéroclite à majorité touareg.

Mais, Plateforme et CMA n’ont cessé, depuis la signature de l’accord, de s’accuser mutuellement de mauvaise foi et de provocations meurtrières ayant en plus entraîné des déplacements de populations.

Dans leur déclaration du 24 janvier, les quinze membres du Conseil de sécurité exigent des progrès substantiels avant les prochaines échéances électorales et rappellent à chaque signataire sa responsabilité dans la mise œuvre du processus de paix. Ils demandent, notamment, l’accélération du processus de décentralisation, l’opérationnalisation des  administrations intérimaires dans le Nord, l’accélération des processus de cantonnement et de désarmement, de démobilisation et de réintégration et la mise en place du Mécanisme de coordination opérationnelle à Kidal et à Tombouctou. Ils veulent par ailleurs s'assurer de la participation pleine et égale des femmes à toutes les étapes des ces différents volets.

L’appel du Conseil de sécurité fait suite à un exposé présenté la veille par le secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix. « Le temps presse et nous sommes lancés dans une course contre la montre au Mali », a prévenu Lacroix, lors d'une séance du Conseil de sécurité, le 23 janvier. A l’approche du scrutin présidentiel prévu à la mi-juillet, puis des élections législatives en novembre et décembre, il est plus que jamais nécessaire de mettre en œuvre l’accord, a-t-il insisté lors de cette séance à laquelle prenait également part le chef de la diplomatie malienne.

Créer les conditions de l’organisation des élections

Le 20 janvier, le président Ibrahim Boubacar Keita avait, lui aussi, dans son message aux Forcées armées, à l’occasion de leur 57e anniversaire, mentionné le processus électoral au nombre des principales préoccupations de la nouvelle année. « Un des défis essentiels que nous devons relever ensemble au cours de l’année qui commence est incontestablement l’organisation des élections générales, libres, crédibles, transparentes, paisibles et conviviales », avait souligné le président malien. « Nos missions seront encore essentielles, plus difficiles et plus exigeantes, parce qu’il s’agira pour nous de créer les conditions les meilleures pour l’organisation de ces élections sur l’ensemble du territoire national avec la participation de tous les Maliens », avait-il ajouté.

Dans son rapport du 28 septembre 2017 sur la situation au Mali, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, s’était dit « profondément préoccupé », par la reprise de violents affrontements entre les groupes armés signataires. Sans prendre des gants, il n’avait noté  « presque aucun progrès dans l'application de l'Accord de paix et de réconciliation au Mali », par ailleurs confronté  au terrorisme, surtout dans le nord et le centre. Guterres avait souligné que « le soutien inébranlable et l'engagement des parties signataires en faveur du processus de paix sont des pré-requis pour éviter de descendre dans un cercle vicieux de violence et de chaos, compromettant l'avenir du Mali et ses chances d'une paix durable ».

Nouvel engagement des signataires

Lors de la dernière réunion du Comité de suivi de l'accord organisée à Bamako les 15 et 16 janvier derniers, le gouvernement malien et des groupes armés de la Plateforme et de la Coordination ont renouvelé leur engagement à mettre en œuvre rapidement toutes obligations inscrites dans l'accord d'ici mars avec l'adoption d'un calendrier révisé.

Dans le cadre des engagements pris par les Nations unies pour accompagner ces acteurs maliens, le secrétaire général António Guterres a, pour sa part,  annoncé, le  mercredi 24 janvier, la composition de  la Commission d'enquête internationale prévue par l'Accord pour la paix et la réconciliation. Créée à la demande des signataires de l’accord, elle sera présidée par la Suédoise Lena Sundh et comprendra également le Mauricien Vinod Boolell et le Camerounais Simon Munzu. Cette commission, qui soumettra un rapport au secrétaire général dans un an, est chargée d’enquêter sur les graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire commises au Mali depuis janvier 2012. Ses conclusions pourraient, selon des supputations d’experts, déboucher sur des poursuites devant la justice pénale internationale.