15.05.2000 - TPIR/RUGGIU - ACTIVITE CRIMINELLE DEPUIS MI-AVRIL SEULEMENT, SELON LA DEFENSE.

Arusha, le 15 mai 2000 (FH) - l'activité criminelle de Georges Ruggiu, qui a plaidé coupable auparavant, a commencé entre le 12 et le 14 avril 1994, a affirmé lundi un de ses avocats devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

l'avocat belge, Me Jean-Louis Gilissen, a indiqué que le repenti s'est rendu compte de la spécificité des massacres après une visite organisée dans la ville de Kigali pour la presse, par des militaires rwandais vers la mi-avril 1994.

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Parti du camp militaire de Kigali où il s'était réfugié pour sa sécurité, Georges Ruggiu a vu "l'horreur à l'état pur", selon son avocat. "Il comprend qu'on tue systématiquement, sans merci, hommes, femmes et enfants, parce qu'ils sont Tutsis", a déclaré l'avocat.

Sommé de retourner à la Radio-télévision libre des Mille collines (RTLM) où il travaillait, il lui est demandé de choisir "avec nous ou avec eux [les Tutsis persécutés]".

"Ce n'est pas Georges Ruggiu que l'on protège, c'est le journaliste de la RTLM que l'on protège", lui aurait déclaré Phocas Habimana, que l'avocat belge a qualifié de directeur de la RTLM. Pris dans un dilemme, le repenti "décide de continuer malgré ce qu'il a vu", selon Me Gilissen.

l'avocat belge a ensuite déploré le fait que son client "va hélas parler du travail fait aux barrières de manière positive, utiliser l'expression 'aller travailler' [tuer], intégrer dans son discours le mot Inyenzi ["Cafards", pour désigner les Tutsis persécutés]", et utiliser le concept "compléter la révolution de 1959". En 1959, la minorité tutsie avait été violemment chassée du pouvoir par les Hutus.

Ces "actes D'apparence criminelle sont commis dans son esprit dans la connaissance de la spécificité des massacres. C'est cela l'aveu de M.Ruggiu. Ce n'est pas autre chose. Et M. Ruggiu sait ce que cela implique", a souligné Me Gilissen.

Les aveux de Georges Ruggiu ont été obtenus au terme D'un accord négocié depuis juillet 1999 entre le parquet et la défense.

Georges Ruggiu répond de deux chefs D'incitation directe et publique à commettre le génocide, et de crimes contre l'humanité (persécution).

"Par les mots, par les termes qu'il a employés, dans le contexte où il les emploie, M. Ruggiu se livre à de l'incitation, à des atteintes graves à l'intégrité morale des Tutsis", a expliqué Me Gilissen.

M. Ruggiu n'a en revanche jamais frappé, volé , violé ou persécuté personne, a poursuivi l'avocat. Me Gilissen a ajouté que son client acceptait le risque que ses propos ont porté atteinte à l'intégrité physique des Tutsis.

S'agissant de la persécution des Belges évoquée dans l'acte D'accusation, le repenti reconnaît s'être attaqué au gouvernement belge, mais non à des civils. Georges Ruggiu indique cependant que "je ne peux pas jouer l'angélisme vis-à-vis des victimes belges" tombées au Rwanda, a relevé l'avocat.

Georges Ruggiu a travaillé à la RTLM du 6 janvier au 14 juillet 1994. Le ton de la RTLM a changé au rythme de la dégradation de la situation politique au Rwanda, selon des observateurs.

Lundi après-midi, les avocats vont plaider les circonstances atténuantes, avant le prononcé de la sentence. Outre Me Gilissen, Georges Ruggiu est défendu par l'avocat tunisien, Me.Mohamed Aouini.

"On a prêté à cet homme des propos qu'il n'avait jamais tenus, ou tenus par D'autres en kinyarwanda. On avait développé une fausse image de Ruggiu", a plaidé notamment Me.Gilissen. l'avocat a expliqué que son client n'avait aucune formation, ni de journaliste, ni de présentateur radio.

CR/AT/PHD/FH(RG%0515b)