La CPI prononce sa deuxième plus lourde peine contre Dominic Ongwen

La Cour pénale internationale (CPI) a condamné ce jeudi Dominic Ongwen, un enfant-soldat ougandais devenu commandant de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), à 25 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Si la reconnaissance de son statut de victime-perpétrateur était attendue, la peine prononcée est la deuxième plus lourde jamais prononcée à la CPI, juste après celle du Congolais Bosco Ntaganda (30 ans).

La CPI prononce sa deuxième plus lourde peine contre Dominic OngwenL'Ougandais Dominic Ongwen, à l'ouverture de son procès à la Cour pénale internationale, le 6 décembre 2016. © Peter Dejong / ANP / AFP
2 min 43Temps de lecture approximatif

La Cour pénale internationale (CPI) a condamné jeudi Dominic Ongwen, enfant soldat ougandais devenu un commandant de la brutale rébellion de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), à 25 ans de prison pour des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Dominic Ongwen, 45 ans, avait été reconnu coupable en février de 61 chefs d’accusation, dont celui de grossesse forcée, qui n’avait jusqu’à présent jamais été prononcé par la CPI, basée à La Haye.

Il avait aussi notamment été jugé coupable de meurtre, viol, esclavage sexuel et conscription d’enfants soldats.

« A la lumière de la gravité des crimes que vous avez commis, la chambre vous condamne à une période totale d’emprisonnement de 25 années », a déclaré le juge Bertram Schmitt en s’adressant à M. Ongwen.

Il était passible de la prison à perpétuité. Mais estimant que l’histoire de M. Ongwen, lui-même enlevé par le groupe rebelle à l’âge d’environ neuf ans, justifiait une peine inférieure, l’accusation avait requis 20 ans de prison.

A l’issue d’un procès « long et complexe », qui a eu « un impact considérable sur chacun des juges », la chambre de première instance a été confrontée à une « situation unique », a poursuivi M. Schmitt.

Les crimes commis par M. Ongwen sont d’une horreur exceptionnellle, mais les magistrats sont d’avis que la perspective que M. Ongwen passe le reste de sa vie en prison est excessive, au vu des « souffrances extrêmes » qu’il a lui-même enduré au cours des premières années de sa vie.

« Il était un enfant doué aux capacités intellectuelles supérieures à la moyenne, et les espoirs pour un avenir brillant ont été réduits à neant le jour où il a été enlevé », a affirmé le juge Schmitt.

Mais « cela ne justifie en rien, et n’explique pas, l’horreur des crimes, commis délibérément », a-t-il ajouté.

Selon le tribunal, M. Ongwen a ordonné au début des années 2000 des attaques contre des camps de réfugiés, alors qu’il était l’un des commandants de la LRA, un groupe armé dirigé par le fugitif Joseph Kony, qui a mené une guerre brutale en Ouganda et dans trois pays voisins afin d’établir un Etat basé sur les dix commandements de la Bible.

Après avoir plaidé l’acquittement lors du procès, soulignant que l’accusé avait lui-même été victime de la brutalité du groupe rebelle, la défense avait demandé, lors d’une audience de détermination de la peine, 10 ans de prison pour l’ancien enfant soldat, surnommé la « fourmi blanche ».

Les victimes, elles, réclamaient la réclusion à perpétuité.

« Adulte responsable »

M. Ongwen a toujours nié « au nom de Dieu » l’ensemble des accusations contre lui. Il a déclaré devant la CPI que la LRA l’avait forcé à manger des haricots imbibés du sang des premières personnes qu’il avait été obligé de tuer en guise d’initiation, après avoir été enlevé.

« Je suis devant ce tribunal international avec tant d’accusations, et pourtant je suis la première victime d’enlèvement d’enfants », a-t-il dit lors de son procès.

« Ce qui m’est arrivé, je ne crois même pas que cela soit arrivé à Jésus-Christ », a-t-il ajouté.

En le jugeant coupable, les juges de la CPI avaient reconnu que M. Ongwen avait lui-même beaucoup souffert mais estimé que ses crimes avaient été commis « en tant qu’adulte responsable et commandant de l’Armée de résistance du Seigneur ».

Selon l’ONU, la LRA a massacré plus de 100.000 personnes et enlevé 60.000 enfants lors de violences qui se sont étendues au Soudan, à la République démocratique du Congo et à la République centrafricaine.

M. Ongwen, qui s’est rendu en 2015, est le premier commandant de la LRA à être jugé par la CPI. Le fondateur du groupe, Joseph Kony, est considéré comme toujours en fuite et fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour.