16.10.07 - CANADA/GENOCIDE - LA CONFÉRENCE SUR LES GÉNOCIDES A RAPPELE LES ÉCHECS DE L'ONU

  Montréal, 16 octobre 2007 (FH) – La conférence mondiale sur la prévention du génocide qui s'est achevée samedi avec en toile de fonds les exactions commises au Darfour, a été l'occasion de rappeler les manquements et les échecs des Nations Unies.  
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« Nous devrions tous être désolés qu'une telle conférence se tienne car cela signifie que les mécanismes en place pour prévenir les génocides ne fonctionnent pas », a déclaré à l'Agence Hirondelle Juan Mendez, ancien conseiller spécial de Koffi Annan sur la prévention des génocides.   L'Argentin, en poste pendant quatre ans, n'a pas pu empêcher que des massacres continuent d'être commis au Darfour. Selon un avocat soudanais présent à la conférence, plus de 600 000 personnes y sont déjà décédées. Salih Mahmoud Osman, plusieurs fois ovationné au cours des débats, a accusé la communauté internationale de « négliger ses responsabilités dans une région où des centaines de milliers de personnes ont déjà été tuées ».   Selon René Provost, Directeur du Centre sur les droits de la personne et le pluralisme politique de l'Université de McGill, le manque d'écoute que rencontra M. Mendez, et que connaît actuellement son successeur Francis Deng, prouve « à quel point le conseiller spécial est isolé, à quel point il semble avoir peu d'échos à l'intérieur du système onusien pour la nécessité d'investir massivement dans la prévention ».   Lors du discours de clôture, l'ancien commandant de la force des Nations unies au Rwanda, Roméo Dallaire, a abondé dans le même sens: « Nous avons toujours travaillé à gérer les crises mais pas à les prévenir ».   Autre source de blocage à l'ONU: la charte sur le génocide, adoptée en décembre 1948. « Elle est insuffisante car trop restrictive: il faut qu'il y ait un "groupe ciblé" et il faut qu'on ait prouvé l'intentionnalité… des choses improuvables », a expliqué à l'Agence Hirondelle l'historien français Gérard Prunier, directeur du Centre français d'études éthiopiennes à Addis Ababas et auteur de plusieurs ouvrages sur le Rwanda.   Celui qui arpente l'Afrique de l'Est depuis près de 40 ans pense que cette définition « trop étroite » permet à des gouvernements de soutenir qu'il n'y a pas génocide, mais plutôt des luttes ethniques. « Lors du génocide rwandais, il y avait même des gens qui disaient que les hutus se défendaient des tutsis et qu'après tout c'était des chocs ethniques ».   M. Prunier plaide ainsi pour une rénovation de la Convention de 1948 au profit d'une définition plus large de "génocide". L'extension aux « politiques génocidaires » permettrait de prendre en considération «les politiques qui visent à contrôler par la violence les populations ».   Ce besoin de recadrement n'a pas convaincu tous les conférenciers présents. Pour René Provost, le droit international condamne déjà ce genre d'atrocités en les engobant parmi les « crimes contre l'humanité ». « Changer de définition irait dans le sens d'une hiérarchisation de ce genre de crimes, ce qui n'a pas lieu d'être », a-t-il conclu.   CS/PB/GF   © Agence Hirondelle