La justice doit être vue pour être rendue
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La justice sud-africaine rouvre un nouveau dossier noir de l'apartheid

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La justice sud-africaine a rouvert lundi un dossier emblématique des heures sombres de l'apartheid en reprenant l'enquête sur la mort controversée, il y a trente-sept ans, d'un syndicaliste détenu par la police du régime raciste blanc de l'époque.

Neil Aggett, un médecin blanc de 29 ans, a été retrouvé mort le 5 février 1982, pendu dans sa cellule du tristement célèbre quartier général de la police à Johannesburg.

A l'époque à la tête du syndicat des salariés de l'industrie alimentaire (FCWU), ce militant de la cause antiapartheid avait été arrêté soixante-dix jours plus tôt.

Malgré les témoignages accablants de ses compagnons de détention et les marques de torture sur son corps, un juge avait alors classé l'affaire en confirmant son suicide.

La Commission vérité et réconciliation (TRC), qui s'est plongée de 1996 à 1998 dans les crimes de l'apartheid, avait toutefois renvoyé ensuite le dossier au parquet pour qu'il poursuive deux policiers du meurtre de Neil Aggett.

Aujourd'hui décédés, les accusés n'ont jamais été entendus.

Mais la famille de la victime n'a jamais renoncé à faire la lumière sur les conditions de sa mort et a finalement obtenu l'an dernier du ministre de la Justice la réouverture de l'enquête.

A l'ouverture de l'audience lundi devant un tribunal de Johannesburg, les proches de Neil Aggett ont réaffirmé leur certitude qu'il avait été tué.

"La famille Aggett est fermement convaincue que Neil a été tué par des agents (de la police), soit directement, soit à la faveur d'interminables et systématiques séances de torture, de mauvais traitements et d'abandon qui l'ont poussé à mettre fin à ses jours", a déclaré lundi son avocat, Howard Varney.

"Tous les détenus (du QG de la police) qui sont morts ne se sont pas pendus, n'ont pas glissé en prenant un bain ou se défenestrant", a renchéri au nom du parquet Jabulane Mlotshwa.

Il y a deux ans, la justice sud-africaine avait déjà rouvert le dossier d'un autre célèbre militant antiapartheid, Ahmed Timol, officiellement "suicidé" en 1971 en se jetant d'une fenêtre du même commissariat.

Quarante-sept ans après les faits, un policier à la retraite a été inculpé en 2018 pour son meurtre, une première dans les annales judiciaires locales. Son procès a été jusque-là retardé par les appels successifs de l'accusé.

Dans le dossier Aggett, le tribunal de Johannesburg doit entendre 36 témoins ces cinq prochaines semaines.

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