Sans information, pas de réconciliation

2.10.14 - CPI/BLÉ GOUDÉ - BLÉ GOUDÉ CONFIANT D’ÊTRE ACQUITTÉ UN JOUR, DU MOINS PAR L’HISTOIRE

La Haye, 2 octobre 2014 (FH) – Charles Blé Goudé a pris la parole pendant une heure, jeudi, au terme de quatre jours d’audience. L’ancien dirigeant s’est dit confiant d’être acquitté un jour. Du moins par l’Histoire.

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Il s’agissait d’un enjeu de taille pour le procureur, qui devait prouver aux juges qu’il détient un dossier suffisamment solide pour renvoyer l’ex -ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo en procès. Charles Blé Goudé est poursuivi pour crimes contre l’humanité commis lors des violences qui avaient suivi la présidentielle de novembre 2010 en Côte d’Ivoire. Selon l’Onu, cette nouvelle crise ivoirienne avait fait plus de 3000 morts.

En concluant ces quatre jours d’audience, le procureur Eric McDonald a affirmé que Charles Blé Goudé n’était pas Martin Luther King, comme le disaient ses avocats. « Il a mobilisé et manipulé toute une jeunesse, toute une génération », a lancé Eric McDonald, provoquant des protestations des proches et partisans de Charles Blé Goudé présents dans la galerie du public. « Le général de la rue donnait des ordres quasi militaires à son armée de jeunes », a-t-il encore déclaré, demandant aux juges de le renvoyer en procès.

Peu avant de prendre la parole, le leader ivoirien a égrené son chapelet tandis que ses avocats Nick Kaufman et Claver Ndri bouclaient leurs plaidoiries. Avec un charisme affirmé, ce charisme qui, selon le procureur, lui aurait permis de mobiliser la jeunesse ivoirienne dans l’objectif de mettre en œuvre le plan criminel destiné à maintenir Laurent Gbagbo au pouvoir, Charles Blé Goudé a longuement plaidé sa cause. Se tournant face aux juges, il les a assurés de sa confiance en leur justice, tout en leur reprochant de mal maîtriser, comme le procureur, le dossier ivoirien et de rappeler les accusations selon lesquelles la CPI agirait contre les chefs africains trop indociles. « Vous allez me condamner mais un jour, l’histoire m’acquittera », leur a- t-il finalement lancé.

Pointant un doigt accusateur vers le bureau du procureur, il a assuré n’avoir « jamais possédé d’armes. Je n’ai jamais distribué d’armes. J’ai peur de la guerre et je n’en ai pas honte ». Se revendiquant comme « le concepteur de la résistance à mains nues », Charles Blé Goudé a suscité les soupirs d’admiration de ses partisans, qui buvaient ses paroles.

C’est enfin au gouvernement et aux partisans d’Alassane Ouattara qu’il a semblé s’adresser. Ceux qui, selon lui, l’ont envoyé à La Haye pour l’éloigner de la scène politique ivoirienne. « Pourquoi font-ils ça ? Ils ont peur d’une compétition politique ! ». Rires dans le public. Parodiant les accusations du procureur, Charles Blé Goudé a affirmé que les partisans d’Alassane Ouattara avaient « déjà leur plan commun : ils voulaient le pouvoir à tout prix ». Pour conclure, il a lancé un ultime message à ses adversaires : « La prison est dure, mais cela ne dure pas éternellement. Un jour, je suis convaincu qu’il fera jour et que je retournerai chez moi ».

A l’ouverture de ces audiences, lundi 29, Fatou Bensouda s’est engagée, pour la première fois devant les juges, à conduire des poursuites « contre tous ceux qui ont commis des crimes, quel que soit leur camp ». La procureure a souvent été critiquée pour avoir, dans le dossier ivoirien, épargné les « vainqueurs » de la crise de 2010.

Les juges sont entrés en délibéré. Ils devraient rendre leur décision d’ici le 15 janvier. S’ils décident de confirmer les charges contre Charles Blé Goudé, le procureur pourrait ensuite demander de joindre son dossier à celui de Laurent Gbagbo, pour conduire un procès commun contre les deux hommes.

SM/ER

 

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