Sans information, pas de réconciliation

08.10.14 - CPI/KENYATTA - UHURU KENYATTA FACE A LA CPI POUR LA PREMIÈRE FOIS DEPUIS SON ÉLECTION

La Haye, 8 octobre 2014 (FH) – C’est en citoyen ordinaire qu’Uhuru Kenyatta s’est présenté mercredi devant les juges de La Haye, pour une audience clé. Peu avant de quitter Nairobi, le chef de l’Etat avait, le temps d’une audience à 8000 km du pays, délégué ses pouvoirs à son vice-président William Ruto.

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Le « citoyen ordinaire », accusé de crimes contre l’humanité, n’a pas prononcé une seule parole à la Cour, laissant à ses avocats le soin de plaider son dossier. Une plaidoirie délicate pour des audiences clés. Tout l’enjeu de ces audiences est de permettre aux juges de décider de clore ou non le dossier Kenyatta. Pour l’occasion, la procureure générale Fatou Bensouda était présente, souhaitant prendre toute la responsabilité d’une affaire pas très reluisante pour son bureau : pas suffisamment de preuves solides pour permettre la tenue d’un procès. Mais pour autant, l’accusation refuse de retirer son dossier puisque le gouvernement du Kenya ne coopère pas, ou pas pleinement, à ses demandes. Le procureur demande des relevés de comptes bancaires de l’accusé, de ses communications téléphoniques, de ses actions dans des sociétés commerciales, de ses propriétés. Grâce à ces documents, le procureur pourrait, peut-être, dit-il, soutenir sa thèse selon laquelle Uhuru Kenyatta aurait financé les gangs de Mungiki pour perpétrer les violences en 2007. A la Cour, le substitut du procureur, Ben Gumpert,  a néanmoins précisé ne pas savoir si les documents demandés pourraient « l’exonérer ou l’impliquer ». Mais il demande à la chambre de conserver le dossier ouvert, faute de quoi, « cela signifierait qu’un Etat partie peut torpiller le cours de la justice ». Même tonalité du côté du représentant des victimes. Fergal Gaynor a rappelé la double casquette de l’accusé, qui est chef de l’Etat et donc « constitutionnellement responsable » de la coopération de son pays avec la Cour. « Le gouvernement kenyan a pris position pour défendre ses intérêts » a-t-il en outre rappelé, évoquant la campagne lancée à l’automne dernier auprès de l’Union africaine et des Nations unies pour faire annuler les charges portées contre lui. Pour l’avocat des victimes, retirer l’affaire reviendrait « à récompenser cette longue campagne ». Concluant ses propos, le juriste irlandais a demandé aux juges s’il revenait aux victimes « de payer le prix de ces obstructions ? Ou est-ce l’accusé, qui est le principal auteur du blocage de cette affaire ? » Aucune obstruction, a assuré de son côté la défense, qui soutient que Nairobi a pleinement coopéré. « Il n’y a aucune preuve d’obstruction venant de lui en relation avec les demandes du procureur », a en outre affirmé Maître Steven Kay. L’avocat a demandé non seulement la fermeture du dossier, mais aussi l’acquittement de son client, sans quoi cette affaire serait « un affront à la justice ». Maître Kay a aussi suggéré qu’il était impossible, pour le procureur, de demander ouvertement la clôture d’un dossier si sensible, en raison des pressions politiques qui pèsent sur la Cour. Alors que les juges se retiraient pour délibérer, Uhuru Kenyatta a quitté la Cour sous les applaudissements d’une centaine de ses supporters dont de nombreux parlementaires, venus soutenir leur leader à La Haye. SM/ ER

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