Sans information, pas de réconciliation

10.12.14 - CENTRAFRIQUE/CONFLIT - LA LIBÉRATION D'ABDOULAYE MISKINE CONSACRE L'IMPUNITÉ EN CENTRAFRIQUE, SELON LA FIDH

Arusha, 09 décembre 2014 (FH) - La libération par le Cameroun du chef de guerre tchado-centrafricain Abdoulaye Miskine ne fait que consacrer l'impunité en Centrafrique, estime la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), dans un communiqué publié mardi.

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De son vrai nom Martin Koumtamadji, Abdoulaye Miskine, chef du groupe armé centrafricain du Front démocratique du peuple centrafricain (FDPC) a été libéré le 27 novembre dernier par les autorités camerounaises, embarqué dans l'avion du président congolais et médiateur dans la crise centrafricaine Denis Sassou Nguesso et reçu par ce dernier à Brazzaville. Miskine était incarcéré au Cameroun depuis le 16 septembre 2013, étant suspecté d'avoir préparé des attaques contre des villages sur le territoire camerounais. Selon la FIDH, il aurait été libéré en échanges de 26 otages qui avaient été kidnappés par ses hommes pour protester contre sa détention au Cameroun. « Si nos organisations se félicitent de la libération des otages, elles condamnent le traitement réservé à un seigneur de guerre impliqué dans des crimes internationaux documentés par la FIDH depuis 2003 et demandent qu'il réponde de ces actes devant la justice nationale ou la Cour pénale internationale », écrivent, dans le communiqué, la FIDH et ses deux organisations membres de Centrafrique. Cette libération intervient au lendemain de celles d'au moins 26 otages capturés par les hommes d'Abdoulaye Miskine au cours d'attaques de plusieurs villages en Centrafrique et au Cameroun. Parmi les personnes libérées le 26 octobre, figurent 15 otages de nationalité camerounaise, 10 otages centrafricains remis au Comité international de la Croix-Rouge le 29 novembre et un prêtre polonais, Mateusz Dziedzic, enlevé le 12 octobre 2014 à la mission catholique de Baboua, dans l'ouest de la République centrafricaine. « Les autorités camerounaises ont affirmé avoir mené une opération militaire ayant permis de libérer les otages et réfutent tout accord d'échange de prisonniers, sans être en capacité d'expliquer les raisons de la libération d'Abdoulaye Miskine, ni sa concomitance avec celle des otages », poursuit le communiqué. « La libération d'Abdoulaye Miskine et son accueil à Brazzaville démontrent comment s'est construite l'impunité en Centrafrique. Tant pour les crimes commis en 2013 que pour ceux perpétrés depuis 2002, Abdoulaye Miskine devrait répondre de ces actes devant la justice nationale ou internationale », déclare Patrick Baudouin, président d'honneur et responsable du Groupe d'action judiciaire de la FIDH.Selon la Fédération, Aboudlaye Miskine est suspecté d'être responsable de crimes parmi les plus graves perpétrés en Centrafrique depuis une décennie. De 2001 à 2003, sous le régime du président Ange-Félix Patassé, Abdoulaye Miskine a dirigé l'Unité de la sécurité présidentielle (USP), composée de mercenaires tchadiens, armée et formée par la Libye. Après la prise du pouvoir par François Bozizé, le 15 mars 2003, il entre en rébellion et fonde le Front démocratique du peuple centrafricain (FPDC). De 2007 à 2009, Miskine n'étant pas inquiété par la justice, le FDPC signe un certain nombre d'accords avec le régime de Bozizé, qu'il s'emploie à rompre régulièrement. À l'automne 2012, il rejoint la coalition Séléka aux côtés des autres groupes armés pour le renversement de Bozizé. Juste avant la conquête de Bangui, en mars 2013, le FDPC quitte officiellement l'« Alliance-Séléka » et des combats opposant la Séléka et le FDPC éclatent dans lesquels Miskine est blessé et son bras droit tué.ER

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