Centrafrique: les défenseurs des droits humains toujours opposés à une amnistie générale

30.08.18

Ephrem RUGIRIRIZA, JusticeInfo.Net
Le président Faustin - Archange Touadera rencontre les représentants de la société civile et des groupes armés à Kaga-Bandoro (centre-nord) le 24 août 2016 Le président Faustin - Archange Touadera rencontre les représentants de la société civile et des groupes armés à Kaga-Bandoro (centre-nord) le 24 août 2016 Flickr

Non à l’amnistie. Alors qu'un prochain dialogue est annoncé entre le gouvernement et les groupes armés, les organisations centrafricaines de défense des droits de l’homme et leurs partenaires internationaux, comme Amnesty International, Human Rights Watch (HRW) et la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH) restent catégoriques : l’obligation de rendre justice ne doit pas être sacrifiée sur l’autel d’une quelconque réconciliation.

Dans un communiqué publié le 24 août à Bangui, la capitale centrafricaine, ces organisations ont réitéré leur position maintes fois exprimée. « Le dialogue politique ne peut servir d’excuse pour oublier les victimes et les atrocités qui ont été commises » a déclaré Me Mathias Morouba, avocat des victimes et président de l’Observatoire centrafricain des droits de l’Homme. « Il est impensable que des personnes responsables et complices des crimes les plus graves puissent s’arroger une amnistie à la table des négociations, et cette idée doit être rejetée sans condition par le gouvernement », a ajouté l’avocat centrafricain. Ce dialogue politique, dont la date et le lieu n’ont pas encore été précisés, vise à mettre un terme aux violences qui déchirent la Centrafrique depuis 2013. Au nombre des revendications des groupes armés, figureraient, selon plusieurs sources concordantes, non seulement le partage du pouvoir mais aussi une amnistie générale. Et pourtant, les différentes décisions d’amnistie prises au cours de l’histoire de la Centrafrique n’ont pas permis d’éviter la récurrence de conflits meurtriers depuis l’indépendance de la France en 1960. « Pour nous, la ligne rouge est très claire : il ne peut plus y avoir d’impunité pour les auteurs et responsables des crimes commis en Centrafrique », a déclaré Joseph Bindoumi, président de la Ligue centrafricaine des droits de l’Homme.

Exactions de toutes sortes

L’idée d’une amnistie pour les crimes graves a été clairement rejetée par le Forum de Bangui, qui avait réuni, en 2015, plus de 800 représentants de la société civile, des organisations communautaires, des partis politiques et des groupes armés. Cette rencontre a reconnu que le manque de justice en Centrafrique depuis 2003 a été une des causes principales des crises récurrentes dans le pays. Or, les groupes armés invités au prochain dialogue sont suspectés d’avoir commis des exactions de toutes sortes contre des civiles : meurtres, viols, esclavage sexuel, torture, pillage, persécutions et de destructions d’édifices religieux. Certains de ces crimes pourraient, selon ces ONG, être qualifiés de crimes de guerre et/ou crimes contre l’humanité.

Pressions

Le 30 mars 2017, alors qu’il célébrait le premier anniversaire de sa prise de fonction, le président Faustin- Archange Touadera avait joint sa voix à celles de ces organisations de la société civile. « Le peuple centrafricain s’est exprimé clairement là-dessus. Depuis le forum de Bangui (en 2015), il y a eu des résolutions claires là-dessus : impunité zéro », avait rappelé le chef de l’Etat. « Pendant la transition, la loi a fixé une cour pénale spéciale. Nous sommes en train de mettre en œuvre cette cour. On a tout récemment nommé le procureur. Nous sommes en train de préparer les juges qui vont travailler dans ce cadre-là, et aussi le peuple qui réclame réparation. Qui dit réparation, dit justice », avait ajouté Touadera, qui était l’invité de RFI.

Le chef de l’Etat reste-t-il aujourd'hui sur cette ligne ? En effet, certains pays membres de l’Union africaine, se présentant comme des amis de la Centrafrique, se trouvent derrière cette revendication des groupes armés. Touadera réussira-t-il à rejeter toute pression se faire le portevoix des Centrafricains, qui, dans leur grande majorité, demandent depuis des années que justice soit rendue ?

 

 

Charte de modération JusticeInfo.net