Sans information, pas de réconciliation

Sud-Est de la RCA : des atrocités qualifiables de crimes contre l’humanité commises en 2017, selon l’ONU

Sud-Est de la RCA : des atrocités qualifiables de crimes contre l’humanité commises en 2017, selon l’ONU©@MINUSCALe chef de la mission de l'ONU en Centrafrique, Onanga Anyanga, en visite le 8 juin 2018 à Bangassou, dans le sud-est du pays
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La mission des Nations unies en Centrafrique affirme que des exactions pouvant être qualifiées de crimes de guerre ont été perpétrées au cours du deuxième semestre 2017 par deux groupés armés antagonistes dans le sud-est du pays. La Centrafrique traverse depuis cinq ans la crise la plus profonde de son histoire depuis son indépendance de la France en 1960.

La Mission de l’ONU en Centrafrique (MINUSCA) indique, dans une note d’information datée du 31 juillet, que l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC)* et des miliciens Anti-balaka *« ont tué plus de 600 personnes dans les villes d’Alindao, Kembé, Pombolo, Zémio, Bangassou et Gambo entre mai et décembre 2017 ». Environ 60% des violations et abus documentés peuvent être imputables aux membres de l’UPC et les 40% restants aux milices associées aux Anti-balaka, estime la mission de l’ONU, selon laquelle des dizaines de milliers de civils ont par ailleurs été forcés de se déplacer, voire même de se réfugier en République démocratique du Congo (RDC).

Selon la note d’information, les enquêtes menées par la division des droits de l’homme (DDH) de la MINUSCA montrent que des combattants de l’UPC et  des Anti-balaka ont tué des civils de manière intentionnelle et ciblée, commettant ainsi des actes qui peuvent « constituer des crimes de guerre devant un tribunal compétent ». « A Alindao, Kembé et Pombolo, certains meurtres pourraient constituer des crimes contre l’humanité car ils ont été commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre une population civile », poursuit la MINUSCA.

L’enquête accuse en plus ces groupes armés antagonistes de s’être livrés, au cours de la même période, à des pillages et destructions des bâtiments publics, de lieux de culte, de nombreuses maisons privées, de magasins et commerces.

Musulmans ciblés

La MINUSCA indique par ailleurs avoir enregistré plusieurs cas d’attaques ciblées par des milices Anti-balaka contre des membres de la communauté musulmane. « Des civils ont été tués du fait de leur religion ou parce qu’ils procuraient de la nourriture et autres formes d’assistance à des civils musulmans dans le besoin ou qui cherchaient refuge par crainte pour leur vie », accuse la note d’information. L’enquête cite, à titre d’exemple, l’attaque du 13 mai 2017 ayant visé simultanément la base de la MINUSCA et la population musulmane dans le district de Tokoyo à Bangassou. Ces assaillants Anti-balaka ont ensuite procédé au meurtre d’au moins 70 civils musulmans, forçant les autres à chercher refuge à la cathédrale de Bangassou. Dans un autre incident, le 24 mai 2017, poursuit la mission des Nations unies, des milices associées aux Anti-balaka sont entrées de force dans le centre de santé de Médecins sans Frontières (MSF) à Bangassou, ont bloqué les entrées et les sorties, procédé à une fouille complète des patients musulmans et assassiné deux femmes peulhs. Ils en ont enterré une vivante et ont tué une autre à coups de machettes. Quatre jours plus tard, ces mêmes groupes ont tué cinq enfants peulhs et grièvement blessé leur mère alors qu’ils tentaient de fuir vers la RDC, dénonce l’enquête.

Viols

Les enquêteurs de la MINUSCA ont également constaté que ces combattants UPC et Anti-balaka utilisaient la violence sexuelle et/ou le viol comme arme de guerre. A ce sujet, la mission affirme avoir documenté 14 cas de viol ou de tentative de viol de femmes, de filles et d’hommes âgés de 15 à 50 ans à Alindao, Zemio, Mobaye et Bangassou.

Elle dénonce par ailleurs plusieurs attaques contre le personnel et les biens d’ONG nationales et internationales, d’autres membres de la communauté humanitaire, des responsables de l’Eglise catholique, des leaders communautaires ainsi que des membres du personnel civil ou en uniforme de l’ONU. S’agissant des responsabilités, la mission des Nations unies indique avoir identifié 250 auteurs présumés -allant des instigateurs et commandants supérieurs aux combattants de rang inférieur ainsi qu’aux partisans des groupes armés.

« Il est important que les autorités judiciaires nationales enquêtent sur les crimes atroces commis dans le Sud-Est et prennent les mesures nécessaires pour traduire les auteurs présumés devant les juridictions nationales, y compris la Cour pénale spéciale », un tribunal hybride créé par le gouvernement centrafricain, conclut cette note d’information.

 

*L’Union pour la paix en Centrafrique (UPC) est une faction de l’ex- Séléka, une coalition rebelle majoritairement musulmane qui a chassé du pouvoir le président François Bozizé en mars 2013. Impliqués dans de nombreuses exactions contre la population civile, les rebelles de cette nébuleuse ont dû faire face aux Anti-balaka, des milices d’auto-défense majoritairement chrétiennes qui, à leur tour, se sont livrées à des violences.

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