La Commission vérité et réconciliation Sámi (CVR), en Finlande, a remis son rapport final le 4 décembre 2025 au gouvernement finlandais, au Parlement Sámi de Finlande et au Conseil Skolt Saami Siida (représentant la population Skolt Sámi). La plus grande nouvelle dans le contexte de cette publication a été l'annonce par le Premier ministre finlandais, Petteri Orpo, qu'il estimait que la Finlande devait présenter des excuses officielles « complètes et dignes ».
Conformément au mandat de la CVR, le rapport de 700 pages comprend 68 propositions et points d'action. Reconnaissant que l'État finlandais s’est constitué sur le territoire de deux peuples, les Sámi et les Finlandais, la CVR recommande la création, au sein du cabinet du Premier ministre, d'une unité chargée de coordonner les affaires sámi, dirigée par un secrétaire d'État aux affaires sámi. Cette unité aurait pour rôle et responsabilité de soutenir la préparation et la mise en œuvre des politiques concernant les Sámi en Finlande.
Le rapport révèle que la Finlande mène une politique double à l'égard des Sámi. D'une part, l'État a récemment pris des initiatives visant à renforcer leurs droits, comme en témoigne la création de la CVR. D'autre part, la mainmise économique, industrielle, sécuritaire et politique sur la région sámi se poursuit, et la Finlande n'a toujours pas adopté la Convention relative aux peuples indigènes et tribaux (ILO 169) de l'Organisation internationale du travail des Nations unies, ni mis en œuvre la Convention nordique sur les Sámi, qui vise à affirmer les droits existants dans toute la région sámi. Ce double standard sape la confiance entre les Sámi et l'État, et le rapport recommande à la Finlande d'agir au sujet des deux conventions.
Les recommandations de la CVR attirent ainsi l'attention sur les injustices juridiques et historiques structurelles et actuelles concernant les relations entre les Sámi et l'État finlandais. Afin de soutenir le processus de mise en œuvre et d'application des recommandations, le gouvernement a nommé un groupe de suivi parlementaire, présidé par l'ancien Premier ministre social-démocrate Antti Rinne. Il convient de noter que ce groupe de suivi ne comprend actuellement aucun représentant sámi.
Turbulences internes et externes
Le rapport conclut un processus de quatre ans. La commission, composée de cinq membres dont certains sont Sámi et d'autres non, a tenu des audiences avec près de 400 personnes Sámi et publié 25 rapports spéciaux sur divers aspects de l'histoire des relations entre l'État et les Sámi et sur leurs relations actuelles. La commission finlandaise est l'une des trois commissions des pays nordiques traitant des relations entre l'État et les Sámi: la CVR en Norvège a rendu son rapport en 2023, et la commission vérité en Suède devrait rendre son rapport d'ici octobre 2026.
La CVR finlandaise a connu quelques turbulences avec la démission de deux de ses membres (l'un pour des raisons personnelles, l'autre en raison de désaccords sur la portée, le financement et les tâches de la commission), ainsi qu'au sujet d’un projet de loi sur les personnes autorisées à voter aux élections parlementaires sámi, qui risquait de compromettre le processus. Le Parlement finlandais a adopté la nouvelle loi sur le registre électoral en juin 2025, après qu'une première tentative ait dégénéré en conflit intra-gouvernemental avant d'échouer en 2022. Le rapport reconnaît la valeur de la loi révisée comme condition préalable à la poursuite des discussions en vue de la réconciliation.
Dans son discours lors de la remise du rapport, la présidente de la commission, Hannele Pokka, a souligné que le contexte arctique est aujourd'hui très différent de celui de 2021, lorsque la commission a commencé ses travaux. Les conflits internationaux et l'adhésion de la Finlande à l'Otan ont entraîné une accélération des activités militaires et des exercices dans les régions sámi du nord de la Finlande. L'un des 25 rapports spéciaux de la CVR avait souligné que, dans le cadre du processus d'adhésion de la Finlande à l'Otan, le Parlement sámi et les Sámi n'ont pas été consultés, comme l'exige la Constitution finlandaise.
L'Arctique se réchauffe plus rapidement que n'importe quelle autre région de la planète, et ce changement climatique affecte les moyens de subsistance des Sámi, de l'élevage de rennes à la pêche. Le nord de la Finlande est le site de plusieurs projets énergétiques et miniers. La manière dont les projets de sécurité nationale et de transition écologique seront conciliés avec les droits des Sámi sera déterminante pour l'évolution future des relations entre ces derniers et le gouvernement. Ce ne sont là que deux des nombreux défis qui pèsent sur l'avenir de ces relations, désormais négociées dans un contexte post-CVR.
Veiller à ce que la question ne soit pas oubliée
La CVR constate un manque structurel de connaissances, parmi les Finlandais, sur la culture et les moyens de subsistance des Sámi. Le rapport recommande d'augmenter le contenu relatif aux Sámi dans la formation des enseignants et dans les programmes d'enseignement primaire et secondaire.
Le rapport propose également que les trois États nordiques collaborent au niveau transnational pour fournir des services d'éducation et de santé en langue sámi. Le rapport suggère également que l'unité de soutien psychosocial mise en place pour les audiences de la CVR soit rendue permanente, afin que les problèmes de santé mentale puissent être traités grâce à un soutien et à des services aux Sámi, y compris dans un contexte culturel et environnemental en mutation.
Afin de renforcer les moyens de subsistance traditionnels des Sámi, la proposition invite le gouvernement à modifier la législation sur la sylviculture, l'élevage de rennes et la pêche au saumon dans la rivière Deatnu, entre la Finlande et la Norvège, afin de mieux refléter les traditions et les moyens de subsistance des Sámi.
En formulant des recommandations concrètes et détaillées, la CVR cherche à éviter qu'elles ne disparaissent de l'agenda politique. Le fait d'engager les groupes parlementaires dans la phase de mise en œuvre du processus par le biais du groupe de suivi parlementaire est une tentative pour garantir que la question ne soit pas écartée des discussions politiques.
Un panel de députés finlandais qui débattait des propositions après la remise officielle du rapport a unanimement soutenu l'idée que les propositions énoncées dans ce rapport devaient être suivies au lieu d’être mises de côté ou oubliées dans un contexte politique mouvementé. Mais lorsque les revendications visant à renforcer et à étendre les droits des Sámi se heurtent à des considérations politiques, économiques et militaires, il reste à voir dans quelle mesure ces promesses se traduiront en actions et en législations concrètes.


Otso Kortekangas est maître de conférences à l'université d'Helsinki et chercheur à l'université Åbo Akademi de Turku, en Finlande. Il participe au projet TRiNC : Truth & Reconciliation in the Nordic Countries, dirigé par Astrid Nonbo Andersen à l'Institut danois d'études internationales (DIIS). Ses intérêts académiques portent sur l'histoire de l'éducation, l'histoire de l'environnement et l'histoire de l'Arctique et des Sámi.





