Un tribunal néerlandais a condamné mardi un Érythréen à 20 ans de prison pour avoir dirigé un important réseau de trafic d'êtres humains, "particulièrement cruel", au sein duquel des migrants étaient torturés et victimes d'extorsion.
Le tribunal a déclaré que l'homme, identifié comme Amanuel Walid, avait traité des migrants "sans la moindre humanité" lors de leur trajet d'Erythrée vers l'Europe, via la Libye.
"Votre seul but était de soutirer le maximum d'argent possible à des personnes en quête d'un avenir meilleur", a déclaré le juge René Melaard en s'adressant à M. Walid.
Des membres du réseau ont maltraité des milliers de migrants avant de les détenir dans des camps surpeuplés et insalubres en Libye, extorquant d'importantes sommes d'argent à leurs familles.
Le tribunal de Zwolle, dans le nord des Pays-Bas, a entendu des témoignages de victimes, torturées alors qu'elles étaient au téléphone avec leurs familles aux Pays-Bas. Ces proches étaient alors contraints de payer pour que les sévices cessent.
Ce n'est qu'après réception de l'argent de leurs familles que les réfugiés étaient mis sur des embarcations de fortune pour la périlleuse traversée de la Méditerranée. Nombre d'entre eux se sont noyés.
Le parquet néerlandais avait requis la peine maximale de 20 ans de prison contre l'homme, pour avoir dirigé une organisation criminelle de trafic d'êtres humains, avec extorsions, prises d'otages et agressions sexuelles.
"Le tribunal estime que la gravité et l'ampleur de ces crimes justifient l'application de cette peine maximale", a déclaré le juge, soulignant le "traitement particulièrement cruel, violent et dégradant que l'accusé et ses complices ont infligé aux migrants".
Le tribunal a cependant statué qu'il n'avait aucune compétence pour connaître des accusations de prise d'otages et d'infractions sexuelles, car ces crimes présumés n'ont pas eu lieu sur le territoire néerlandais.
M. Walid est détenu aux Pays-Bas depuis octobre 2022. Il affirme porter un autre nom et avoir 46 ans, et non 42.
Il n'a fait aucune déclaration substantielle devant le tribunal. Il a nié les accusations et soutient qu'il s'agit d'une erreur d'identité.
"Le tribunal est convaincu, hors de tout doute raisonnable, que vous êtes la personne qui a agi comme trafiquant à Bani Walid, en Libye", a rétorqué le juge.
"Liberté et dignité"
Les avocats de la défense ont également fait valoir que leur client avait déjà été jugé en Éthiopie pour des faits identiques et qu'il ne pouvait donc être jugé une seconde fois.
En référence à cela, le tribunal néerlandais a souligné que la peine prononcée en Éthiopie n'avait pas encore été appliquée, mais que M. Walid pourrait faire appel le cas échéant.
Le parquet néerlandais estime que Amanuel Walid était l'un des passeurs les plus actifs sur l'itinéraire reliant les régions d'Afrique ravagées par les conflits à l'Europe, via la Libye.
Il "privait ses victimes de leur liberté et de leur dignité", a plaidé le ministère public devant le tribunal.
"Il les a détenues dans des conditions épouvantables, les a affamées, torturées et leur a refusé les soins médicaux essentiels", a-t-il ajouté.
L'enquête néerlandaise a duré plusieurs années et a été menée en collaboration avec des organismes internationaux, tels que la Cour pénale internationale et Interpol.
La Libye occupe une place importante dans les routes migratoires à la faveur du chaos consécutif au soulèvement de 2011 qui a renversé le dictateur Mouammar Kadhafi, au pouvoir depuis plus de quarante ans.
Le pays est régulièrement critiqué pour le sort qui y est réservé aux migrants par les trafiquants, des organisations de défense des droits humains dénonçant des pratiques d'extorsion et d'esclavage.






