Généraux birmans en Suisse : une visite déplacée ?

Généraux birmans en Suisse : une visite déplacée ?©ONUPour Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, l'armée birmane mène un "nettoyage ethnique"
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Le ministère suisse des Affaires étrangères reçoit une délégation de haut gradés de l’armée birmane conduite par son numéro deux, le général Soe Win. Une visite inappropriée pour la section suisse d’Amnesty International, vu les crimes de guerre commis par l’armée contre les Rohingyas.

Pour cette raison, l’Union européenne a décidé ce lundi de suspendre ses invitations aux généraux birmans. C’est l’agence officielle Myanmar News qui l’a annoncé: à l’invitation du ministère suisse des Affaires étrangère, une délégation de l’armée birmane menée par le général Soe Win a quitté lundi le sol birman pour une visite en Suisse.

Interrogé par swissinfo.ch, le DFAE confirme sans donner de détails sur cette visite. «Début 2017, des membres de l’armée ont pris contact avec nous pour faire part de leur intérêt à un tel voyage d’étude du fédéralisme. Nous avons accepté leur demande, considérant qu’il est dans l’intérêt d’une résolution du différend que l’armée s’intéresse à ces questions», répond par écrit Georges Farago.

Le porte-parole du DFAE précise encore: «Au vu des derniers développements, le programme du voyage a été repensé, afin que la Suisse puisse à cette occasion rappeler à ses interlocuteurs qu’elle condamne les violences armées qui se sont produites au Rakhine et qu’il est du devoir de chaque Etat de respecter pleinement ses obligations en matière de droit international et de prévenir en particulier toute violation des droits de l'homme. Nous souhaitons également à cette occasion offrir l’expertise de la Suisse et de ses partenaires dans des domaines qui s’y prêtent.»

«Dépasser l’indignation, passer à l’action»

Pour la section suisse d’Amnesty International, cette visite est déplacée. «Alors que des représentants de haut rang de l’armée du Myanmar sont en visite officielle en Suisse, l’organisation de défense des droits de l’homme demande à la communauté internationale de dépasser le stade de l'indignation et de passer à l'action pour mettre fin à la campagne de répression qui a conduit plus de la moitié de la population des Rohingyas à quitter le Myanmar.

En interrompant la coopération militaire, en imposant des embargos sur les armes et des sanctions ciblées contre les responsables d'atteintes aux droits humains, le message sera clair : les crimes contre l'humanité imputables à l'armée dans l'Etat d'Arakan ne seront pas tolérés», écrit l’ONG, à l’occasion de la sortie de son rapport accablant sur «les crimes contre l'humanité systématiques visant à terroriser et chasser les Rohingyas», depuis l’attaque des rebelles Rohingyas (ARSA) contre des postes de sécurité birmans en août dernier, suivi d’une violente répression de l’armée entrainant la mort de centaines de personnes et la fuite de centaines de milliers de Rohingyas au Bangladesh.

 

 

Face à de telles exactions qualifiées de «nettoyage ethnique» par Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, l’UE a pris ce lundi une autre voie que celle de la diplomatie suisse: «Compte tenu du recours disproportionné à la force par les forces de sécurité, l'UE et ses Etats membres suspendront les invitations adressées au commandant en chef des forces armées du Myanmar/Birmanie ainsi qu'à d'autres officiers supérieurs.»