Mauvaise semaine pour la justice transitionnelle, du Kosovo au Burundi

Mauvaise semaine pour la justice transitionnelle, du Kosovo au Burundi©ONUCélébration de l'indépendance du Kosovo en février 2008. Quand le pays remerciait l'Union européenne.
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Du Kosovo à la Tunisie en passant par le Burundi, la justice transitionnelle est cette semaine à la peine. Au Kosovo, le pouvoir est vent debout contre la création d’un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis pendant la guerre par la guérilla de l’UCK entre 1998 et 2000, explique Pierre Hazan, conseiller éditorial de www.justiceinfo.net.

Et pour cause, les ex-commandants de cette formation politico-militaire dont le Président Hashim Thaçi et son premier ministre sont au pouvoir à Pristina. Les Serbes qui se sentent les oubliés de la justice dans les Balkans sont les principales victimes des crimes sur lesquels le Tribunal de droit kosovar mais installé à La Haye pour assurer son indépendance doit enquêter.

L’Union européenne à l’origine de ce tribunal a déjà averti les dirigeants kosovar que toute tentative de saborder le Tribunal aurait des « conséquences négatives » sur les relations entre l’UE et le Kosovo.

Déjà, le Président, écrit Pierre Hazan, cherche à contourner ce en voulant établir une Commission Vérité et Justice. En théorie, selon les bons préceptes de la justice transitionnelle. Mais, selon Pierre Hazan : « au sein de la communauté des droits de l’homme, sous couvert d’anonymat, beaucoup s’inquiètent de cette initiative, qu’ils voient comme un instrument extra-judiciaire qui viserait à laver les crimes commis par des membres de l’ancienne guérilla et à avancer vers une future amnistie, tout en torpillant le Tribunal ». Et de conclure « Ce ne serait pas la première fois dans les Balkans qu’un leader politique veuille utiliser un Commission vérité et réconciliation pour court-circuiter le travail d’un tribunal pénal ».

Une autre commission à Bujumbura doit relever un véritable défi de compétence et de crédibilité, explique de son côté, le spécialiste Louis-Marie Nindorera, basé au Burundi, un autre pays dont les dirigeants ont décidé de quitter la Cour Pénale Internationale pour tenter d’échapper à la justice. Nindorera explique : « au Burundi, au fil des décennies, de violences en violences et d’impunité en impunité, les rôles de victimes, persécuteurs et sauveurs se sont brouillés et confondus, souvent à l’appel explicite, sinon le consentement de l’autorité publique elle-même. Dans ces conditions, démêler l’écheveau des responsabilités n’est pas chose aisée et donnera du grain à moudre à la Commission ». Et, cette commission n’a plus guère de temps devant elle. « En janvier 2018, celle-ci est entrée dans les douze derniers mois de son mandat régulier, extensible d’une année. L’heure de vérité a sonné », conclue le spécialiste burundais.

Enfin, la Tunisie, dernier modèle d’une transition exemplaire vers la démocratie dans le monde arabe, inquiète les spécialistes de l’International Crisis Group, explique Olfa Belhassine la correspondante de JusticeInfo.net dans ce pays. Dans un rapport, justement intitulé « Endiguer la dérive autoritaire en Tunisie », l’ICG met en garde contre une « fuite en arrière ». Olfa Belhassine écrit : « sept ans après les bouleversements politiques qui ont mené à la chute de Ben Ali, le pays semble l’otage d’une transition sans fin, qui entraine le regain de la nostalgie vis-à-vis de l’ancien régime. Les problèmes économiques aidant, inflation vertigineuse des prix, dépréciation du dinar et baisse du pouvoir d’achat des couches sociales modestes et moyennes, plusieurs voix s’élèvent pour appeler de leurs vœux à la restauration d’un Etat fort et d’une gouvernance autoritaire. »

Sept ans après la Révolution, la transition n’est pas achevée ni la démocratie pérenne.