France/Algérie : vers une commission « vérité et mémoire » ?

C’est « une démarche de reconnaissance » mais « il n’est pas question de repentance » et « de présenter des excuses », précisent les services du chef de l’État français. Le 20 janvier, Emmanuel Macron a reçu un rapport de l’historien Benjamin Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie. La principale recommandation de ce rapport est la création d’une commission mixte « Mémoire et Vérité ». Commémorations, restitution, reconnaissance de certains crimes, publication de listes de disparus, accès aux archives, érection de lieux de mémoire figurent parmi les autres propositions. Quatre ans après que Macron a qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité », la France se prépare à affronter son passé algérien.

France/Algérie : vers une commission « vérité et mémoire » ?Le 17 octobre 1961, à Paris, des dizaines de manifestants algériens sont tués par la police, dont certains sont jetés dans la Seine. Le souvenir de cette sanglante répression constituera l’une des trois journées de commémoration prévues par le président français.
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Des « actes symboliques » sont prévus mais il n’y aura « ni repentance ni excuses » à la suite de la remise mercredi d’un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie par l’historien Benjamin Stora à Emmanuel Macron, a indiqué l’Elysée.

Le chef de l’Etat participera à trois journées de commémoration dans le cadre du 60e anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie en 1962: la journée nationale des harkis le 25 septembre, la répression d’une manifestation d’Algériens le 17 octobre 1961 et les Accords d’Evian du 19 mars 1962, a précisé la présidence.

Benjamin Stora, spécialiste reconnu de l’histoire contemporaine de l’Algérie, doit remettre à 17H à l’Elysée le rapport dont l’a chargé en juillet Emmanuel Macron pour « dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ».

Le chef de l’Etat « s’exprimera en temps et en heure » sur les préconisations de ce rapport, qui sera rendu public à 17H, et de la commission qui sera chargée de les étudier, a précisé la présidence. « Il y aura des mots » et « des actes » du président dans « les prochains mois », a-t-elle assuré, en précisant que s’ouvrait « une période de consultations ».

Il s’agit de « regarder l’histoire en face » d’une « façon sereine et apaisée » afin de « construire une mémoire de l’intégration », résume l’Elysée.

C’est « une démarche de reconnaissance » mais « il n’est pas question de repentance » et « de présenter des excuses », précise-t-on, en s’appuyant sur l’avis de Benjamin Stora qui cite en exemple le précédent des excuses présentées par le Japon à la Corée du Sud et à la Chine sur la 2e guerre mondiale qui n’ont pas permis de « réconcilier » ces pays.

Parmi les actes envisagés, figure l’entrée de l’avocate anticolonialiste Gisèle Halimi, décédée le 28 juillet 2020, au Panthéon qui accueille les héros de l’Histoire de France. Auparavant, un hommage solennel devrait lui être rendu aux Invalides au printemps « quand les circonstances sanitaires le permettront », selon la présidence.

L’Elysée a par ailleurs souligné qu’Emmanuel Macron ne « regrettait pas » ses propos prononcés à Alger en 2017 dénonçant la colonisation comme « un crime contre l’humanité ». « Que pouvait-il dire de plus? Il n’y a rien à dire de plus, en revanche il y a beaucoup à faire ».

LES GRANDES PROPOSITIONS DU RAPPORT STORA

La principale recommandation du rapport Stora sur la colonisation et la guerre d’Algérie (1954-62) est la constitution en France d’une commission « Mémoire et Vérité » qui sera « chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires ».

Elle « pourrait être constituée par différentes personnalités engagées dans le dialogue franco-algérien », selon le rapport remis mercredi par l’historien français Benjamin Stora au président Emmanuel Macron.

Voici quelques-unes des propositions que cette commission pourrait suggérer:

  • Poursuite de commémorations aux différentes dates symboliques du conflit (accord d’Evian le 19 mars 1962, hommage aux harkis, ces supplétifs de l’armée française, et répression des travailleurs algériens en France le 17 octobre 1961).

  • Restitution à l’Algérie de l’épée de l’émir Abdelkader, héros de la résistance à la colonisation française au XIXe siècle.

  • Reconnaissance par la France de l’assassinat de l’avocat et militant politique Ali Boumendjel, pendant la bataille d’Alger en 1957, reconnu par l’officier français Paul Aussaresses dans ses mémoires.

  • Publication d’un « guide des disparus » algériens et européens pendant le conflit.

  • Travaux sur les essais nucléaires français dans le Sahara et leurs conséquences, ainsi que celles de la pose de mines antipersonnel durant la guerre.

  • Faciliter les déplacements des harkis et de leurs enfants entre France et Algérie.

  • Encourager la préservation des cimetières européens en Algérie, ainsi que des cimetières juifs et des tombes des soldats algériens musulmans morts pour la France pendant la guerre d’Algérie.

  • Avancer sur la question des archives, avec comme objectifs le transfert de certaines archives de la France vers l’Algérie, et d’autre part permettre l’accès aux chercheurs des deux pays aux archives françaises et algériennes; processus plus rapide de déclassification des documents secrets.

  • Accorder une plus grande place à l’histoire de la France en Algérie dans les programmes scolaires et faciliter les travaux universitaires sur les sujets mémoriels entre les deux pays (facilitation de visas, d’accès aux archives, logements, etc.).

  • Réactiver le projet de Musée de l’histoire de la France et de l’Algérie, prévu à Montpellier (Sud) et abandonné en 2014.

  • Entrée au Panthéon de l’avocate Gisèle Halimi, figure d’opposition à la guerre d’Algérie.

  • Créer une commission franco-algérienne sur l’avenir du canon « Baba Merzoug », également appelé « La Consulaire », qui était déployé en protection du port d’Alger en 1830, capturé par la France et actuellement installé dans le port de Brest (Ouest).

  • Eriger des « lieux de mémoire » sur quatre camps d’internement d’Algériens en France.