Sans information, pas de réconciliation

La justice internationale au coeur des élections au Kosovo

La justice internationale au coeur des élections au Kosovo©Armend NIMANI / AFPLes partisans du premier ministre Ramush Haradinaj, alias "Rambo", un homme que la Serbie veut juger pour crimes de guerre célèbrent leur courte victoire
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Les Kosovars ont choisi dimanche leurs députés dont le mandat pourrait être agité, entre tensions avec la Serbie et possibles inculpations pour crimes de guerre de responsables de ce pays des Balkans.

Dans la capitale kosovare, Pristina, des dizaines de personnes, âgées pour la plupart, attendaient patiemment sous la pluie, l'ouverture du bureau de vote.

"Il s'agit d'ouvrir un nouveau chapitre dans notre Etat. Il faut cesser d'abuser de l'argent des contribuables et d'avoir un gouvernement qui s'occupera de son peuple", a déclaré Ekrem Haziri, 66 ans, retraité.

Il ne semblait pas préoccupé par la question des cours spéciales, chargées des crimes de guerre de l'Armée de libération du Kosovo (UCK) lors du conflit d'indépendance contre les forces de Belgrade (1998-99, 13.000 morts), un sujet absent du débat électoral.

Pourtant, "le véritable risque d'instabilité" pour le pays "viendra au moment où débuteront les arrestations", susceptibles de "sérieusement gêner ou même menacer la survie du prochain gouvernement", prédit l'European Centre for minority issues (ECMI).

Parmi les inculpés potentiels pour des crimes contre des Serbes, des Roms et des Kosovars albanais accusés de collaboration, sont cités plusieurs dirigeants, dont le président Hashim Thaçi, ou le puissant patron du parti présidentiel (PDK), Kadri Veseli.

La décision du PDK de briser sa coalition avec la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) pourrait s'expliquer par la volonté "de convoquer des élections anticipées avant que cette cour ne commence à travailler", analyse le chercheur en sciences politiques Loïc Trégourès, spécialiste des Balkans.

- Crime, corruption et népotisme -

Cette élection est "la plus dure à pronostiquer dans l'histoire du Kosovo", selon Florian Bieber, spécialiste de l'Europe du sud-est à l'université de Graz.

Les favoris sont une coalition des "guerriers", dirigée par les anciens cadres de l'UCK. Le PDK et les deux petits partis qui la composent avaient atteint un total de 45% en 2014.

Leur Premier ministre serait Ramush Haradinaj, alias "Rambo", un homme que la Serbie veut juger pour crimes de guerre et qui a affirmé que lui au pouvoir, il conditionnerait la poursuite du dialogue à une reconnaissance du Kosovo par Belgrade, perspective inconcevable.

Ces anciens guérilleros ont tu leurs divergences pour faire pièce à la coalition autour de la LDK, plus proche des milieux économiques et de la société civile.

Son candidat, Avdullah Hoti, un quadragénaire jusqu'à présent ministre des Finances, défend un "programme clairement pro-européen" et promet "une guerre sans compromis à la corruption", un fléau.

Une "décriminalisation de la politique", caractérisé par le crime, la corruption et le népotisme, est désormais une priorité préconisée dans un rapport du centre slovène de réflexion spécialisé dans les Balkans IFIMES. Faute de quoi, les Kosovars "attendront en vain l'abolition du régime des visas pour les Etats de l'Union européenne", prédit IFIMES.

Un sujet crucial dans un pays où le chômage atteint officiellement 27,5% et où, sur 1,8 million d'habitants, un sur deux a moins de 30 ans.

Selon le quotidien indépendant Zeri, 150.000 jeunes, soit plus de 10% des électeurs, votent pour la première fois.

- Dissensions chez les Serbes -

Pour ravir le pouvoir aux "guerriers", Avdullah Hoti devra sans doute se tourner vers Vetëvendosje (Autodétermination), mouvement aux méthodes radicales: ses députés jetaient du gaz lacrymogène au Parlement pour empêcher le vote de la loi sur la délimitation de la frontière avec le Monténégro.

Autre pierre d'achoppement, les discussions de normalisation avec Belgrade. Avdullah Hoti veut les poursuivre, quand le discours de Vetëvendosje reste radical.

Or la question de l'organisation des "municipalités" où vit la minorité serbe, forte de 100 à 150.000 personnes, reste non résolue, comme l'illustre la tension palpable dans la ville divisée de Mitrovica.

Si l'indépendance du Kosovo est reconnue par plus de 110 pays, ce n'est pas le cas de la Serbie dont la Constitution affirme sa tutelle sur son ancienne province albanaise.

Les Serbes du Kosovo désignent dimanche dix des 120 députés, dans une ambiance de dissension interne, avec la remise en cause de l'hégémonie de Srpska Lista, étroitement liée à Belgrade.

Des formations politiques concurrentes dénoncent une ambiance d'intimidations qui suscitent l'inquiétude des ambassades occidentales. Belgrade a exhorté les Serbes à "ne pas diviser (leurs) voix".

 

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