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Centrafrique : le pari des élections avant la fin de l'année

Centrafrique : le pari des élections avant la fin de l'année©© Till Muellenmeister/IRINRéfugiés fuyant Bangui (archives)
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La communauté internationale, les Nations unies en tête, est à bout de patience : la transition, qui dure depuis deux ans en Centrafrique, doit prendre fin.
Le secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de paix a martelé le 8 septembre à Bangui que les élections, deux fois reportées à ce jour, doivent avoir lieu avant la fin de l'année. C'est –à-dire dans moins de quatre mois. « Nous sommes clairement sur la dernière ligne droite. Ces élections doivent se tenir à bonne date, avant la fin de l'année et correctement », a insisté Hervé Ladsous, lors d'une conférence de presse à la fin de sa visite. « Il n'y aura pas de troisième transition », a réitéré le diplomate onusien, soulignant que « les autorités de transition, y compris au sommet, ont donné l'assurance que ces échéances seront tenues ».
Mais, deux jours plus tard, dans un entretien avec Jeune Afrique, Alexandre-Ferdinand Nguéndet, le président du Conseil national de transition (CNT) – le parlement provisoire centrafricain-, s'est montré plus que pessimiste. « C'est un chronogramme motivé par des raisons bassement politiciennes et impossible à tenir. Le pays ne dispose même pas d'un fichier électoral ! Aujourd'hui, on ne peut que constater les retards d'enregistrement sur les listes. De même, l'ouverture des inscriptions des candidats, prévue le 9 août, a été reportée à une date ultérieure, sans autre précision. Le référendum est censé se tenir le 4 octobre et le décret convoquant le corps électoral devait être publié trente jours plus tôt, mais rien n'a bougé car les enregistrements n'ont pas été faits sur l'ensemble du territoire ».


 
Recenser les réfugiés centrafricains


 
Début septembre, l'Autorité nationale des élections (ANE), qui table sur des prévisions de plus de 1, 5 millions d'électeurs, indiquait avoir enregistré un million à peine. Sans oublier les Centrafricains réfugiés dans les pays voisins, qui viennent d'être autorisés à voter au terme d'un débat très passionné. Ils doivent aussi être recensés dans leurs différents pays d'accueil.
Tout en concédant que la transition a trop duré, le président du Parlement provisoire estime tout de même que la communauté internationale brûle les étapes. « Il faut qu'elle prenne conscience que ces promesses sont intenables. Il faut procéder par étapes : sécurisation du territoire, réinstallation des habitants dans leur région d'origine… Autant d'éléments dont il aurait fallu s'assurer avant de penser aux élections. On peut céder à certaines pressions, mais il y a des points sur lesquels on ne peut transiger. Sinon on va droit dans le mur ».
Selon l'actuel calendrier électoral, un référendum constitutionnel est prévu le 4 octobre, le premier tour de la présidentielle et des législatives est fixé au 18 octobre et l'éventuel second tour de ces deux scrutins au 22 novembre.
Une semaine avant la mise au point d'Hervé Ladsous, une cinquantaine de partis, associations et personnalités politiques indépendantes de Centrafrique avaient rendu public un document commun dans lequel ils estimaient que les élections étaient intenables dans ces délais. Ils demandaient une nouvelle transition en vue d'une préparation minimale.
Comme pour répondre à leurs préoccupations, le secrétaire général adjoint de l'ONU n'est pas venu à Bangui, uniquement muni d'injonctions. Il a annoncé, lors de sa visite, qu'une réunion de haut niveau aurait lieu le 1er octobre à New York, à l'initiative du secrétaire général, pour la confirmation des engagements pris par différents partenaires en vue de soutenir « les processus en cours » en Centrafrique. De leur côté, a-t-il poursuivi, les Nations unies ont décidé de débloquer un million de dollars au titre d'appui au processus électoral. Car pour lui, ces élections sont une «opportunité pour tous les Centrafricains de se prononcer sur l'avenir de leur pays ».


 
Qu'en est-il des résolutions du Forum de Bangui ?


 
Sans prétendre à des scrutins parfaits, les partisans du report continuent cependant de faire remarquer qu'un climat d'insécurité persiste dans certaines régions du pays où l'autorité de l'Etat paraît toujours inexistante et où les milices font encore la pluie et le beau temps.
 
« Les élections, c'est super-joli pour la communauté internationale. Mais ça risque méchamment de polariser une opinion publique, alors qu'aucune des décisions du Forum national de Bangui (tenu en mai dernier) n'a été mis en oeuvre et que le pauvre Centrafricain voit comme d'habitude, des promesses, mais pas d'action ! », commente un observateur indépendant.
Le grand rendez-vous de Bangui s'était terminé notamment par un accord de Désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) signé par les groupes armés. Chaque mouvement s'engageait à cesser immédiatement la lutte armée, une des premières conditions d'un processus électoral apaisé.  Qu'en est-il aujourd'hui ?
Rien que dans la région de Bambari (centre), des affrontements intercommunautaires ont fait des dizaines de morts et de blessé ces derniers jours.
Pour toutes ces raisons, certaines voix, même au sein de la Mission de l'ONU en Centrafrique, estiment, en privé, qu' « un glissement » du calendrier, même léger, est nécessaire. Avec le risque de jouer le jeu de ceux qui entendent profiter d'une transition prolongée.

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