Sans information, pas de réconciliation

Hirondelle News, l’Agence qui a suivi les travaux du TPIR du début à la fin

Hirondelle News, l’Agence qui a suivi les travaux du TPIR du début à la fin©Timothée Tosti/FHDessin illustrant une audience du TPIR
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Tout au long de ses 20 ans d’activités, le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui a officiellement clos ses travaux le 1er décembre 2015, a été « couvert » par des journalistes de la Fondation Hirondelle. Ils travaillaient pour l’Agence Hirondelle News à Arusha, en Tanzanie.

Basée au siège du TPIR, l’Agence a assuré une couverture journalière des travaux du Tribunal, dès le début du premier procès en 1997.

Ses dépêches étaient publiées en Français et en Anglais mais aussi Swahili et en Kinyarwanda – deux langues parlées au Rwanda et dans la région.

Les archives de l’Agence Hirondelle News constituent un patrimoine historique inestimable. Le site de l’Agence peut encore être consulté et ses archives seront disponibles à partir de la mi-décembre 2015 sur www.JusticeInfo.Net.

 « La Fondation Hirondelle fait un travail remarquable », estimait Carla Del Ponte, procureur au TPIR de 1999 à 2003. « Ses responsables et ses journalistes font preuve d’un haut niveau de professionnalisme, d’indépendance et d’intégrité».

Etant donné que le sujet était très sensible dans un contexte régional alors encore marqué par le génocide des Tutsis, le défi était de rendre compte, de la façon la plus neutre, de l'activité du TPIR. « Les faits, rien que les faits » : cette règle est devenue presque une obsession pour l'équipe de reporters de l'Agence Hirondelle qui était la seule à assurer une couverture journalière du Tribunal. L'usage de l'adverbe ou de l'adjectif était strictement limité, à tel point que certains observateurs ont parfois reproché à l'Agence son manque de critique de l'activité du Tribunal pénal. Tout commentaire était banni de la plume du journaliste de l’Agence.

 Le défi était de taille et tout nouveau sur le continent africain qui venait d'assister au génocide de près d'un million de personnes : comment rendre compte des audiences, des requêtes des parties et des décisions des juges dans le respect de la dignité des victimes et de la présomption d'innocence pour les accusés ? Comment transcrire  les dépositions de certains témoins particuliers sans mettre leur sécurité en danger ?

Les fondateurs de l'Agence Hirondelle étaient conscients de tous ces défis. C'est l’une des raisons pour lesquelles l'Agence, en plus de sa mission d'informer, avait aussi au départ, un volet « formation » dont ont pu bénéficier de nombreux journalistes du Rwanda et de la région. « L’Agence Hirondelle News, dont la rigueur professionnelle a été saluée par toutes les parties, a montré qu’une information strictement factuelle, produite selon les exigences universelles et fondamentales du journalisme, peut devenir une véritable base commune même pour des groupes d’opinions ou d’identités opposées », estime le Directeur et co-fondateur de la Fondation Hirondelle, Jean-Marie Etter.

Les relations entre la Fondation Hirondelle et le TPIR ou  le Rwanda, premier intéressé à juste titre, par le travail du Tribunal, n’ont cependant pas toujours été faciles.

Le TPIR a non seulement apporté une énorme contribution à la  lutte contre l’impunité et à l’édification de la justice pénale internationale mais également amené plus de personnes, dans le monde, et au Rwanda en particulier, à comprendre que l’accusé a droit à une défense quelle que soit la gravité des faits qui lui sont reprochés. Sans être son service d’information, l’Agence Hirondelle News a accompagné le Tribunal dans ce processus. 

Le successeur de Radio Agatashya 

L’Agence Hirondelle News a vu le jour après la fermeture du premier projet de la Fondation Hirondelle, Radio Agatashya, qui avait été installée à Bukavu dans l’est du Zaïre (aujourd’hui République démocratique du Congo) au lendemain du génocide des Tutsis de 1994 au Rwanda. Radio Agatashya a dû fermer précipitamment ses portes fin 1996 lorsque les hommes de Laurent-Désiré Kabila, appuyés par l’armée rwandaise, sont remontés sur Kinshasa, faisant fuir l’armée zairoise de Mobutu. Le TPIR, créé deux ans plus tôt par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, était alors en train d’installer ses bureaux à son siège, à Arusha, dans le nord de la Tanzanie.

Pour feu Philippe Dahinden, co-fondateur de la Fondation Hirondelle, couvrir de façon neutre et indépendante l’activité du TPIR, était une nouvelle occasion d’accompagner le Rwanda post-génocide. Avec quelques ressources humaines de Radio Agatashya est née l’Agence Hirondelle News. Dans les premières années, les journalistes, tous de la région des Grands lacs africains, étaient encadrés par un rédacteur en chef expatrié. Les responsabilités éditoriales ont été progressivement transférées aux journalistes locaux, rwandais en particulier.

L’Agence Hirondelle News n’a pas seulement couvert le TPIR ; elle a aussi couvert les procès de génocide devant les tribunaux rwandais, notamment devant les juridictions semi-traditionnelles « Gacacas ». Forte de son expérience, elle a,  plus tard, étendu sa couverture à la Cour pénale internationale  (CPI) basée à La Haye, aux Pays-Bas. En mai 2015, elle a passé le relais  à JusticeInfo.Net, un nouveau projet de la Fondation Hirondelle offrant une couverture interactive des questions de justice transitionnelle à travers le monde, en partenariat avec Oxford Transitional Justice Research et Harvard Humanitarian Initiative.

 

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