OPINION

la semaine de la justice transitionnelle : les femmes oubliées et horreurs au Soudan du Sud

la semaine de la justice transitionnelle : les femmes oubliées et horreurs au Soudan du Sud©DR/flickr/Steve EvansMilicien Soudan du Sud
3 min 3Temps de lecture approximatif

 La journée pour le droit des femmes a été saluée par Justiceinfo.net par deux contributions soulignant la faible représentation des femmes dans les processus de transition. Une situation dommageable pour les femmes mais aussi pour les processus de réconciliation. Ainsi Jocelyn Kelly, chargée du programme,”women in war” à l’Harvard Humanitarian Initiative” explique : “En dépit de la très faible implication des femmes dans les processus de paix, nous avons constaté que lorsque les femmes sont substantiellement impliquées dans les négociations de paix et la résolution des conflits, ces processus ont plus de chance d'aboutir. Aujourd'hui, nous devons en premier lieu élargir la mission, en reconnaissant ainsi que les problèmes des femmes dans leur ensemble sont des questions de sécurité et que les questions de sécurité sont des problèmes de femmes ».

Même constat en Tunisie où la révolution n’a pas tenu ses promesses. Les femmes sont les oubliées de la transition.

« Leur Histoire, leur identité et leurs grandes et petites batailles font des femmes tunisiennes des passionarias de la parité.« Que vaut une révolution si elle ne change pas les préjugés, les inégalités et les attitudes ? », s’interroge Dorra Mahfoudh, sociologue et militante féministe », citée par Justiceinfo.net.

Les chiffres sont cruels : «  Le taux de chômage des femmes diplômées est le double de celui des hommes. Devant deux candidats à l’emploi, on privilégiera celui de sexe masculin même si la jeune diplômée est major de sa promotion ! ».

 Autre échec récurrent de la justice transitionnelle : le Soudan. Son président Omar el-Béchir, recherché par la justice internationale pour crimes de guerre au Darfour, a assisté à un sommet de l'Organisation de coopération islamique (OCI) à Jakarta. Depuis 2009, le dirigeant soudanais est sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité, dans le conflit au Darfour qui a fait plus de 300.000 morts. L'Indonésie n'est pas signataire du traité instituant la CPI. En juin 2015, alors que Béchir participait en Afrique du Sud à un sommet de l'Union africaine, un tribunal de Pretoria lui avait interdit de quitter le territoire, dans l'attente d'un jugement définitif. Mais le gouvernement sud-africain avait laissé le président soudanais reprendre son avion depuis une base militaire.

 Autre échec flagrant des processus de réconciliation, le Soudan du Sud, dernier pays à devenir membre de l’ONU et théâtre d’un conflit oublié et meurtrier notamment pour les femmes. "Il s'agit d'une situation des droits de l'Homme parmi les plus horribles dans le monde, avec une utilisation massive du viol comme instrument de terreur et comme arme de guerre", déclare le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, dans un rapport qui couvre la période d'octobre 2015 à janvier 2016.

Le rapport assure que "selon des sources crédibles, des groupes alliés au gouvernement sont autorisés à violer les femmes en guise de salaire". Le Haut-Commissariat demande l'établissement - comme le prévoit l'accord de paix signé en août 2015 mais jamais respecté - de la "Cour hybride", chargée d'enquêter et de juger les responsables des exactions depuis le début de la guerre civile.

A l’autre bout du monde, le Brésil entretient une durable impunité 30 ans après le retour à la démocratie. Un contributeur de l’Oxford Transitional Justice Research Par Engstrom, explique cet exceptionalisme en Amérique latine : “A la différence d’autres pays d’Amérique du Sud, le Brésil n’a pas attaqué l’amnistie que le régime militaire s’était accordée à la fin de la dictature. La loi d’amnistie promulguée en 1979 reste à ce jour intacte. Quand bien même le régime militaire a cessé au milieu des années 1980, il a fallu attendre 2012 pour qu’une commission de vérité officielle soit créée”.

 Même conclusion au Myanmar, selon un autre article de l’OTJR sur l’impunité des entreprises dans ce pays. Irene Pietropoli qui travaille au Myanmar pour Amnesty International explique : « Aung San Suu Kyi a d’ores et déjà sous-entendu qu’elle accepterait de laisser de côté les questions du passé. Si les nouveaux responsables politiques n’envisagent pas de sanctions, l’idée de la responsabilité juridique des entreprises effleure encore moins leur esprit. Ils craignent que mettre l’armée et les entreprises complices face à leur responsabilité pour des violations passées puisse intensifier les tensions existantes. »

Maigre consolation en cette semaine, un chef d’Etat africain José Eduardo dos Santos rare parmi ses pairs a annoncé qu’il quitterait le pouvoir comme prévu en 2018. Il est vrai après 39 ans au pouvoir …

FS