Sans information, pas de réconciliation

Le ciel n’a plus toutes les réponses : images satellitaires et crimes de guerre

Le ciel n’a plus toutes les réponses : images satellitaires et crimes de guerre©Satellite Sentinel ProjectImages du village d'Amara au Soudan avant et après les destructions, novembre 2011
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Il y a quelques années, les images satellitaires étaient perçues comme une percée technologique décisive pour démontrer la réalité des crimes de guerre. Des massacres de Srebrenica à ceux du Soudan, les images satellites apportèrent des confirmations essentielles sur ces exactions. Mais ceux qui violent les droits de l’homme en ont désormais tiré les leçons et sont en train d’élaborer des parades.

 

Lorsqu’en juillet 1995, des troupes bosno-serbes tuèrent quelques 8.000 Musulmans dans l’enclave de Srebrenica, les photos récoltées par les satellites des services secrets américains mirent en pièce les dénégations des nationalistes bosno-serbes : prisonniers debout avant leur exécution, terre fraichement travaillée indiquant l’emplacement de fosses communes : impossible dès lors de nier l’évidence du plus grand massacre commis en Europe depuis la deuxième guerre mondiale. Ces photos satellites furent les premières à être utilisées comme éléments de preuves par une juridiction internationale, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), afin de poursuivre les généraux bosno-serbes Kristic et Mladic.

 Depuis ce précédent, les Nations unies, Human Rights Watch, Amnesty International, UNOSAT, The Signal  Project de Harvard Humanitarian Initiative, AAAS et d’autres organisations ont développé l’imagerie satellitaire pour dénoncer les crimes de guerre, que ce soit les destructions de villages au nord du Nigéria par Boko Haram, ou d’autres encore en Ethiopie et en Erythrée, ainsi qu’au Darfur (Soudan). Sans nul doute, si le président soudanais, Omar el Bashir, inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour acte de génocide, venait un jour à comparaître, le bureau du procureur utiliserait des photos satellitaires pour montrer les destructions opérées par ses soldats ou leurs auxiliaires Janjaweed. Devant la Cour internationale de justice, la Géorgie et la Russie s’accusent mutuellement de crimes de guerre et utilisent des photos satellitaires pour justifier leurs allégations.

 La technologie satellitaire serait-elle donc l’arme fatale pour épingler les auteurs de crimes de masse ? La réponse est plus que nuancée, car de multiples facteurs limitent l’efficacité de la surveillance satellitaire : la présence de nuages ou de forêts où des crimes se déroulent, le coût élevé des clichés par des satellites commerciaux, même si des rabais sont accordés aux ONG de droits de l’homme, la nécessité encore d’avoir des sources humaines au sol pour marquer le territoire à surveiller du ciel et enrichir les informations récoltées, le manque d’analystes capable de « lire » et d’interpréter les images et l’absence encore de protocole et de méthodologie standardisés admis par les tribunaux. De fait, les juges ont besoin d’un témoin expert pour expliquer les clichés satellitaires, car ceux-ci ne sont pas suffisamment explicites par eux-mêmes. A l’heure actuelle, selon les juridictions internationales, les images satellitaires ne constituent pas en elles-mêmes une preuve suffisante des crimes commis, même si elles représentent cependant un élément clef pour corroborer des accusations.