La semaine de la justice transitionnelle : comment réparer un crime

18.08.17

François Sergent (JusticeInfo.net)
 La mosquée Djinguereber à Tombouctou La mosquée Djinguereber à Tombouctou ©Flickr/upyernoz

La semaine de la justice transitionnelle a été marquée par la décision de la Cour Pénale Internationale (CPI) sur les réparations à verser après la destruction des mausolées de Tombouctou au Mali.

La somme est symbolique, 2,7 millions d’euros, et Ahmed Al Mahdi le condamné indigent. Mais la CPI veut par ce jugement souligner la gravité de la destruction de biens culturels et religieux pour les communautés victimes et la communauté internationale tout entière.

Lors de son procès, il y a un an, Al Mahdi avait été reconnu coupable d’avoir supervisé l’attaque durant l’occupation de la ville par les djihadistes des Mausolées de « la ville aux 333 Saints », et de la porte de la mosquée Sidi Yahia, qui selon la légende, ne pouvait être ouverte sans attirer la misère sur ses habitants.

Il avait été condamné en septembre dernier à neuf ans de prison.

« Leur destruction annihile une partie de la mémoire partagée et de la conscience collective de l’humanité et empêche celle-ci de transmettre ses valeurs et ses connaissances aux générations futures », ont estimé les juges dans leur ordonnance de réparations.

Ces mausolées qui protègent la ville selon les croyances de ses habitants ont été reconstruits par l’UNESCO.

Mais selon l’avocat des victimes, Mayombo Kassongo, « les esprits ne sont jamais rentrés dans les Mausolées après leur destruction, et depuis, le miracle n’opère plus ».

Autre critique faite à la Cour, la part (trop) belle faite à ces biens culturels alors que restent impunis et non jugés les crimes de guerre présumés commis par les djihadistes contre des personnes durant leur occupation. Le Mali qui continue de vivre une transition difficile et fragile tente lui-même de mener des procès pour ces crimes. Ainsi, s’est ouvert à Bamako celui d’ Aliou Mahamar Touré, l’ 'ancien chef de la "police islamique" de Gao mais les associations de victimes estiment que les processus de justice transitionnelle sont trop lents et trop limités au Mali.

Libye et Tunisie

Autre décision de la CPI, l’inculpation de Mahmoud al Werfalli, un allié du maréchal Khalifa Haftar, l'homme fort du pays, suspecté de crimes de guerre pour des meurtres commis dans la région de Benghazi en 2016 et 2017 dans la région de Benghazi, au nord-est de la Libye. Ce pays est l’une des priorités annoncées par la procureure de la CPI Fatou Bensouda qui avait promis à l’ONU en novembre dernier de multiplier les procédures contre les présumés coupables durant la crise libyenne dont l’un des fils de Kadhafi Saïf Al Islam. Mais, ces actions dépendent du bon vouloir des multiples factions qui se partagent le pouvoir en Libye et qui toutes ont des intérêts très politiques pour ces poursuites. Enfin, ces pouvoirs n’entendent pas que soient poursuivis les crimes commis contre les migrants comme l’avait promis Fatou Bensouda.

Dernier volet de la semaine, la loi votée en Tunisie sur l’élimination de la violence faite aux femmes. Ce texte , unique dans le monde arabe, est l’aboutissement d’une longue bataille entamée par les féministes tunisiennes il y a près de vingt ans. Mais, leur combat reste inachevé. Les Tunisiennes héritent toujours de la moitié de la part des hommes. Mais, le Président Béji Caied Essebsi a lancé dans son discours présenté à l’occasion du 13 aout, fête de la femme tunisienne, un débat sur l’égalité successorale.

 

 

 

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