La semaine de la justice transitionnelle : revers en Tunisie et au Myanmar

01.10.17

François Sergent, JusticeInfo
Réfugiés rohingyas arrivant au Bangla Desh Réfugiés rohingyas arrivant au Bangla Desh ©FRED DUFOUR / AFP

De la Tunisie, au Burundi en passant par le Myanmar ou le Népal, la justice transitionnelle a connu cette semaine revers et difficultés.

En Tunisie, l’enquête de JusticeInfo.net montre les abus de la propre Présidente de l’Instance Vérité et Dignité Sihem Bensedrine qui a affaibli une institution vulnérable et fragilisée. Mme Bensedrine, surnommée Araïssa, ( la patronne) doit répondre à des «  accusations de dilapidations de fonds publics et de recrutements anarchiques et peu transparents afin de mettre en place une administration parallèle totalement obéissante à ses ordres », écrit notre correspondante Olfa Belhassine. Sihem Bensedrine dénonce un « complot » contre l’IVD et les processus de justice transitionnelle en Tunisie mais quatre des commissaires de l’instance ont démissionné dénonçant les méthodes de la Présidente. Ce qui n’empêche pas, explique JusticeInfo.net, que «  le pouvoir a tout fait pour saboter et bloquer le travail de la commission vérité ».

Crimes contre l'humanité au Myanmar

Recul aussi de la justice transitionnelle au Myanmar où le pouvoir dominé par l’armée birmane qui mène une terrible répression contre la minorité Rohingya reste sourd aux pressions et injonctions de la communauté internationale. L’icône de la transition Aung San Suu Kyi et Prix Nobel de la Paix se retrouve accusée de laisser faire et de ne pas s’opposer aux militaires. Dans une interview, Matthias Hubber, bon connaisseur du pays, explique : « elle est une dirigeante politique et n’a pas les mains libres. Si elle ne s’est pas rendue à l’ONU, c’est qu’elle avait probablement peur d’être destituée par l’armée pendant son absence ». Et d’ajouter : « Autrement dit, l’armée continue de contrôler le pays, y compris économiquement et par la corruption. Et son agenda n’est pas le même que celui des démocrates ». Cette semaine, près de 90 organisations non gouvernementales (parmi lesquelles figurent outre HRW, Amnesty International, Asia Pacific Refugee Rights Network (APRRN), Burma Human Rights Network (BHRN), Coalition for Justice and Accountability (COJA), Genocide Watch ou International Campaign for the Rohingya) ont ainsi dénoncé les "crimes contre l'humanité" commis en Birmanie contre la minorité musulmane et réclament que l'ONU étudie l'imposition d'un embargo sur les armes.

Recul aussi au Népal où notre chroniqueur et militant des droits de l’homme Ram Bhandari explique que les victimes de la guerre civile attendent toujours justice et information sur les disparus. Bhandari dont le propre père a disparu aux mains de la police en 2001 demande à la communauté internationale de faire pression sur le gouvernement de son pays qui efface les preuves, promeut les présumés coupables et bloque le processus de justice transitionnelle.

Burundi

Enfin, dernier revers à l’ONU pour la justice le Burundi où une résolution africaine préparée avec le soutien de Bujumbura d’envoyer un groupe d’ « experts » dans le pays apparait une manoeuvre pour disculper le pouvoir accusé de massives violations des droits de l’homme. Les experts auront "pour mandat de travailler en coopération avec le gouvernement en vue de les transmettre aux autorités judiciaires du Burundi qui auront la charge d'établir la vérité", a expliqué le représentant de la Tunisie, Walid Doudech, au nom du groupe africain. Alors que la justice burundaise comme tout l’appareil d’Etat est totalement inféodée au pouvoir du Président Pierre Nkurunziza. Finalement, vendredi, le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a décidé de prolonger d'un an le mandat de la Commission d'enquête de l'ONU sur le Burundi, malgré le refus de Bujumbura. Mais plusieurs pays - dont la Chine, l'Égypte, l'Afrique du Sud, le Ghana, la Côte d'Ivoire, le Kenya, ont voté contre ou se sont abstenus contre cette résolution initiée par les Etats-Unis et l'Union européenne. 

 

 

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