Sans information, pas de réconciliation

La justice transitionnelle défiée

La justice transitionnelle défiée©GZ/DRDessin Gabriella ZalapÌ
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La détérioration brutale de la situation à Bangui a marqué la semaine de la justice transitionnelle. Le calme est revenu dans la capitale centrafricaine après des violences qui ont fait des dizaines de morts et de blessés ainsi que des dizaines de milliers de déplacés. Mais, la « transition » est à l’arrêt. Ce dimanche 4 octobre devait se tenir un référendum constitutionnel première étape d’un marathon électoral serré et chargé. Il a été reporté sine die, dans l’indifférence générale : les Centrafricains ont d’autres préoccupations et inquiétudes. Comme l’explique dans une interview très éclairante à Justiceinfo, le chercheur Thierry Vircoulon de l’International Crisis Group, «  La flambée de violence actuelle est le résultat de l'accumulation des erreurs de la communauté internationale qui veut organiser des élections dans un vide sécuritaire et institutionnel à peu près complet et qui privilégie sa stratégie de sortie de la crise sur une stratégie de résolution de la crise ».

Comme le constate de son côté le premier ministre centrafricain, Mahamat Kamoun, « J'ai dit aux Nations Unies que le pilotage de la crise centrafricaine a démontré la limite des forces internationales.

Ce constat établi, aucune feuille de route n’est annoncée pour tenter de trouver une sortie de crise. L’ensemble des processus de transition et de réconciliation apparaît aujourd’hui caduc dans ce pays sans Etat, donc sans justice, sans administration, sans police ni armée mais aussi sans routes, ni infrastructures minimales.

Autre report des élections, le Burkina Faso qui essaie de se reconstruire après le coup d’Etat et le fiasco criminel de l’Ecomog qui pensait que donner l’impunité aux militaires factieux pouvait assurer la paix. Enfin, les élections locales ont été aussi remises à plus tard au Mali où une manifestation contre la Minusma accusée de partialité envers les groupes armés au Nord a réuni quelques centaines de personnes. Signe des tensions dans ce pays où là aussi le processus de paix se retrouve en péril et où la communauté internationale est défaillante.

Dans le registre plus juridique de la justice transitionnelle, la France a annoncé l’ouverture d’une plainte pour « crimes contre l’humanité » sur la base du rapport César ( César est le pseudonyme d’un transfuge, photographe militaire parti avec ces photos insoutenables) document implacable sur les atrocités commises par le régime syrien. Ces clichés ne laissent aucun doute sur la répression féroce en Syrie et confirment si il en était besoin le statut des réfugiés  ces « sans droits », comme le dit l’analyse de Pierre Hazan.

Mais, comme l’explique très bien, un article de JusticeInfo.net, cette enquête préliminaire présentée à grands sons de trompe est lourde d’arrière-pensées diplomatiques et politiques et n’a que peu de chances d’aboutir. La France doit trouver une victime qui soit française ou appréhender un présumé coupable sur son territoire, deux exigences juridiques difficilement atteignables.

Preuve une nouvelle fois, de la RCA à la France, que la justice et les processus de transition afférents ne peuvent rien faire seuls, en apesanteur sans volonté et détermination à trouver une solution politique.

 

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