Sans information, pas de réconciliation

Opinion : le vote des Rwandais est-il libre

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 Demain, les Rwandais auront l’opportunité de voter sur des amendements constitutionnels qui autoriseraient le président Paul Kagame à se présenter une nouvelle fois en 2017, ce que l’actuelle constitution ne lui permet pas. Entre autres choses, les modifications proposées réduiraient la durée du mandat présidentiel à une période de cinq ans, renouvelable une fois, après un mandat de transition de sept ans à partir de 2017.  Toutefois, il est probable que le calendrier des mandats déjà effectués soit également réinitialisé ; ainsi le président Kagame aurait la possibilité de se présenter pour un mandat de sept ans en 2017 (son troisième) et deux mandats de cinq ans en 2024 et 2029. En d'autres termes, si la majorité des Rwandais votent en faveur des amendements demain et si le président Kagame décide de se présenter à nouveau, la constitution modifiée serait en mesure de prolonger son maintien au pouvoir jusqu’en 2034.

Il est très probable que la plupart des Rwandais votent « oui. ». Au mois de juillet, le parlement rwandais avait déjà reçu 3,78 millions de pétitions signées par des citoyens affirmant être favorables à un  troisième mandat présidentiel pour Kagame. Les parlementaires ont entrepris des consultations nationales, puis indiqué que la majorité des Rwandais soutenaient la modification de la constitution visant à permettre au président Kagame de se présenter à nouveau. Le parlement rwandais a approuvé ces amendements en octobre et en novembre.

 

Le 8 décembre, le gouvernement rwandais a annoncé l'organisation d'un référendum dans un délai de 10 jours, soit le 17 décembre pour les Rwandais vivants à l'étranger et le 18 décembre pour ceux vivant au Rwanda. Ce délai est très court pour permettre à la population de se consacrer à la lecture et à la compréhension de l'impact de ces amendements constitutionnels avant de prendre leur décision.  Les mêmes parlementaires qui ont approuvé les amendements ont mené une campagne de sensibilisation sur ce référendum.

Kagame jouit clairement d’un soutien considérable à travers le pays, bien qu'il soit difficile de déterminer réellement ce que pensent de nombreux Rwandais. Le parti au pouvoir,  le Front Patriotique Rwandais (FPR), domine tous les aspects de la vie politique et de la vie publique depuis qu’il a mis fin au génocide au Rwanda en 1994 et a imposé de sévères restrictions à la liberté d'expression. Plusieurs leaders de l'opposition demeurent en prison. Des dissidents, qu'ils se trouvent à l'intérieur ou à l'extérieur du territoire, ont été assassinés, attaqués et menacés. Les points de vue favorables au gouvernement dominent les médias rwandais, bien que certaines stations de radios privées aient diffusé des émissions de débats sur les amendements constitutionnels.

Le Parti Vert Démocratique du Rwanda -- parti d’opposition -- représente l'une des rares voix d’opposition publique aux amendements. Ce parti a perdu un procès à la Cour Suprême concernant la légalité des modifications proposées et a encouragé les Rwandais à voter « non » lors du référendum.  Plusieurs autres partis sont représentés au parlement, mais aucun d'entre eux ne joue le rôle d’opposant politique. Certains ont activement soutenu le processus de révision et les amendements constitutionnels.

Dans de nombreux pays où le pluralisme politique est limité, ou dans lesquels les partis d'opposition sont divisés ou faibles, c'est aux organisations de la société civile de tenir redevable le gouvernement et de hausser la voix lorsque leurs dirigeants s’accrochent au pouvoir. Mais, au Rwanda, les organisations indépendantes de la société civile sont faibles suite à des années d’intimidation, de menaces et d’obstacles administratifs de la part du gouvernement.. Rares sont les expressions ouverts de dissidence.

Les citoyens rwandais ont le droit d'exprimer leurs opinions et devraient pouvoir faire un choix informé et libre sur cette constitution, mais le contexte actuel ne semble pas propice à l'expression de ce choix. Même des Rwandais qui s'opposent en privé à ces modifications pourraient être prêts à voter « oui » demain. En sus de la pression ou de la peur de s'opposer au président Kagame, l’autocensure, courante parmi les Rwandais, pourrait contribuer à déterminer le résultat du référendum. 
Ainsi qu’un Rwandais nous l’a expliqué, « ce serait bête de voter non, puisque de toute façon, ça ne changera rien. » 

 

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