Sans information, pas de réconciliation


Gambie : mieux vaut dire la vérité devant la Commission

La semaine dernière, un ancien soldat de l'armée a été arrêté et accusé de meurtre en Gambie. Son arrestation a eu lieu deux semaines après son témoignage – jugé très insuffisant – devant la Commission vérité, réconciliation et réparation. Le message du gouvernement semble clair et fort : l'amnistie et la réconciliation seront conditionnelles.

©Mustapha K. DARBOELa commission vérité a commencé les fouilles pour retrouver les corps de militaires exécutés en 1994.
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John Charles Mendy, témoin devant la Commission vérité, réconciliation et réparation (TRRC) de Gambie, a été arrêté la semaine dernière par la police alors qu'il tentait de quitter le pays par la Casamance, partie méridionale du Sénégal. Il a été appréhendé au poste frontière de Giboro et accusé de meurtre.

Son arrestation a lieu deux semaines après qu'il ait témoigné devant la TRRC, qui enquête actuellement sur l'exécution, le 11 novembre 1994, d’environ deux douzaines de soldats. Ces derniers, dirigés par le lieutenant Basiru Barrow, avaient été tués pour avoir organisé un contre-coup d'état visant à ramener le pays au pouvoir civil, moins de quatre mois après qu'un putsch ait porté Yahya Jammeh au pouvoir.

Plusieurs témoins devant la Commission ont confirmé que ce contre-coup avait déjà été planifié par des soldats avant que l’information ne soit communiquée aux dirigeants de la junte. Les hommes de Jammeh ont alors attaqué les casernes Fajara et Yundum, capturant et exécutant les dirigeants du complot présumé. Selon Demba Njie, ancien chef d'état-major de Yahya Jammeh (aujourd'hui en exil en Guinée équatoriale), l'ordre d'exécution venait de Jammeh lui-même. Cependant, le vice-président de la junte militaire en charge du pays à l'époque, Sanna Sabally, aurait été à la tête de l'équipe d'exécution.

Un témoignage peu convaincant

John Charles Mendy était le garde du corps de Sabally. Il a admis avoir participé à l'assassinat du lieutenant Basiru Barrow et d'Abdoulie Faal, qui ont fait partie des personnes exécutées à la caserne de Fajara, un camp militaire situé à environ 20 minutes en voiture de Banjul, la capitale. "Ils ont été alignés dans la caserne de Fajara et nous nous sommes alignés devant eux ; Sanna (Sabally) nous a ordonnés de tirer et nous avons tiré ", a témoigné Mendy devant la TRRC.

Sa comparution devant la Commission avait cependant été tendue. Il avait été considéré comme peu coopératif avec l'avocat principal de la TRRC, Essa Faal. Ayant reconnu avoir été témoin des trois exécutions de soldats à divers endroits, il avait affirmé n’avoir participé qu'à une seule d'entre elles. Dans sa déclaration écrite, il avait plus simplement nié toute participation aux meurtres, pour ensuite l'admettre lors de son témoignage public.

Mendy a également déclaré avoir été témoin de neuf incidents de torture contre des civils gambiens qui n’avaient pas dégagé la route assez rapidement lors du passage du convoi de Sabally. Pourtant, il n'a reconnu sa responsabilité dans ces violences qu'à une seule occasion. Il avait fallu beaucoup de temps à l'avocat principal pour que Mendy accepte que les civils avaient été torturés. Il avait préféré utiliser des expressions comme "malmené" ou "sauté dessus".

Le message fort du ministère de la Justice

La police gambienne est restée peu loquace sur l'arrestation de Mendy. Mais il semble clair qu’elle soit liée à sa participation aux exécutions du 11 novembre et à son témoignage devant la TRRC. Avec son arrestation, le ministère gambien de la Justice envoie un signal aux auteurs présumés qu'il poursuivra toute personne qui ne semble pas coopérer avec la Commission. « La "malhonnêteté scandaleuse" de M. Mendy, face à des preuves accablantes, a trahi un manque d'empathie envers les familles des victimes et un refus de coopérer et d'aider au processus de réconciliation dans le pays, » a déclaré le ministère de la Justice. Le ministère est allé jusqu’à recommander le renvoi immédiat de Mendy de Gambia International Airlines (GIA) où il travaille maintenant comme chef de la sécurité.

« Les auteurs sont particulièrement encouragés à dire la vérité et à profiter des dispositions d'amnistie de la TRRC pour donner une chance à la réconciliation », a poursuivi le ministère de la Justice. « Le Ministère tient à rassurer le grand public que le processus de la TRRC n'est pas une chasse aux sorcières et qu'il n'est pas nécessaire que quiconque s'échappe du pays, mais que toute tentative de dissimuler délibérément la vérité devant des preuves accablantes sera considérée comme une tentative de saper l'intégrité du processus et un refus de coopérer et de contribuer au processus de réconciliation, ce qui aura de graves conséquences. »

Mendy a été libéré sous caution le 5 avril. L'avocat principal de la Commission, Essa Faal, et le directeur exécutif, Baba Galleh Jallow, n'ont pas voulu commenter l'arrestation et la poursuite de Mendy.

LES FOUILLES ONT DÉBUTÉ

La Commission vérité de Gambie a commencé à rechercher les restes des soldats qui auraient été tués par l'ancien chef militaire Yahya Jammeh et ses collègues, le 11 novembre 1994. Les fouilles ont débuté le 5 avril à Yundum, le plus grand campement militaire du pays, situé à environ 40 minutes en voiture de Banjul.

Une équipe déterminée d'enquêteurs de la TRRC et de la police a creusé à l'endroit où ils pensent que les soldats tués auraient pu être enterrés. Leurs recherches n'ont cependant pas donné les résultats escomptés. En trois jours, les enquêteurs ont creusé une zone d'environ 10m2, mais les fosses communes présumées sont demeurées introuvables.

Les enquêteurs ont recueilli des comptes rendus contradictoires quant à l'emplacement exact des tombes. Deux endroits précis ont été identifiés par des témoins oculaires, tous des soldats, au sujet de leur emplacement. La zone suspectée couvre une superficie d'environ 20 mètres sur 15. Le 8 avril, les recherches se sont poursuivies en vain. L'équipe est dirigée par Thomas Gomez, un expert médico-légal de la police, et Alagie Barrow, l'enquêteur principal à la TRRC. Gomez est le seul expert médico-légal du pays. Il n'a jamais exhumé un corps vieux de deux décennies. Il reste optimiste. "Sinon, nous devrons creuser toute la zone », a-t-il dit.

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